Retour à Bangkok. Même petite rue, même maison d'hôtes. Se lever, aller manger la même soupe préparée à même la rue par une petite dame qui vous accueille avec le même sourire, puis un bon cafe avec un toast au miel. Répéter cela quelques jours de suite. Il peut paraître absurde, incompréhensible, ce besoin de repères, de s'inventer un mini quoditien pour celui qui n'en est jamais vraiment sorti. Mais force est de constater qu'après presque six mois sur la route, ce besoin de routine était devenu une nécessité. On frôle le paradoxe. Alors que l'on a voulu quitter (fuir?) cette routine et ses habitudes, en un joli retour de manivelle existentiel, nous voilà, après plus de dix milles kilomètres parcourus, presque revenu au point de départ. Comme un cycle bouclé, en guise de clin d'œil à la doctrine bouddhiste des lieux. Pourquoi ce besoin de routine? Peut-être que pour continuer la route il faut s'arrêter un instant, peut-être aussi pour oublier un peu que l'on va passer les fêtes loin de chez soi, loin des siens. Ces quelques points d'interrogation ne sauraient masquer une certitude, tant soit belle et riche cette aventure, elle ne saurait se substituer à ma famille (attention spéciale à Thylane, la plus adorable des filleules), mes amis de longues date, mes collègues de travail, bref la petite Suisse que j'ai laissée derrière moi il y a peu et qui pointera tôt ou tard à l'horizon. Moment de pause donc, avant de continuer, moment aussi de vous souhaiter à toutes et tous de très belles fêtes et un bon début d'année 2016!
jeudi 24 décembre 2015
samedi 19 décembre 2015
Vers l'est, encore! What?
Port Bahonar, avant de prendre le ferry pour Dubaï. On compte au total onze occidentaux: un couple de Polonais à vélo, une famille d'Autrichiens en camion et un Zurichois accompagné d'un Allemand, les deux à moto. Sinon des voiles et des turbans. Deux heures du matin sur le détroit d'Ormuz, je me fais réveiller par le ronflement d'un passager. Tour sur le pont, au nord l'Iran n'est plus qu'une lueur, les mouettes volent le long du ferry et le ciel étoilé resplendit.
Vers huit heures, le bateau approche de la côte des Emirats Arabes Unis. Dans l'air chaud déjà saturé d'eau, les grattes-ciels apparaissent, Burj Khalifa domine la scène.
À l'arrivée, film de propagande avec technologie dernier cri à l'appui et portaits des cheikhs trônant sur les murs du bureau de l'immigration. Alors que l'on patiente, un agent de douane apparaît, sa corpulence texane symbolisant à elle seule l'opulence de cette région du monde. Taxi, bus puis métro pour me rendre chez mon hôte. Je tourne la tête dans tous les sens en regardant ce qui défile devant mes yeux et reçois surtout une énorme claque, gifle, mornifle, baffe, taloche, appelez cela comme bon vous semblera, mais il est certain que l'arrivée à Dubaï laisse pantois. Deux jours à Dubaï avec une équipe de Couchsurfers incroyables: Belgique, Chili, Égypte, France et Suisse! Sorti beaucoup, dépensé trop d'argent et même fait la connaissance avec la police locale. Rien de bien méchant, mais ce qu'il faut pour rappeler que les droits de l'Homme ne sont pas appliqués de manière universelle.
Dans l'avion entre Dubaï et Bangkok, on indique la Kaaba sur les écrans de contrôle alors que le champagne est servi en première classe...
Premiers instants dans l'ancien royaume du Siam. Alors que l'oreille s'était faite au farsi et que certains mots pouvaient être saisis au vol, aucun point d'accroche pour le thailandais, à peine eu le temps de mémoriser "merci" et "bonjour". Pour prendre le métro, on fait la queue, cela change de Terhân. Une chose qui ne change pas c'est le moment où l'on se fait arnaquer par le premier tuk-tuk que l'on prend. Same, same dira avec un large sourire le conducteur. Le lendemain, réveil tardif, le dos à moitié en compote. Extraction du lit, massage thaïlandais, soupe. Ensuite, pris le bateau pour remonter sur le delta du fleuve Chao Phraya. On y croise des moines en kesa jaune-orange, des écoliers en uniforme et des touristes en "coup de soleil" accompagnés ou non d'une présence féminine "spontanée". Retour à pied jusqu'à la maison d'hôte en flânant. Flâner, sûrement une des choses les plus agréables lorsqu'on est sur la route.
Route Bangkok-Siem Reap. En sortant de la ville on se rend compte qu'elle ne se résume pas qu'aux attractions touristiques. À peine une dizaine de kilomètres parcourus que les premières maisons de tôles apparaissent. Mesurer aussi la taille de la ville ne serait-ce que part la file des voitures coincées sur l'autoroute. Par la fenêtre du mini-bus on voit du vert, du vert et encore du vert, parfois quelques cultures inondées. Après trois heures de route le paysage se dégage un peu et on aperçoit quelques colines au loin.
Lors d'un arrêt essence, discussion avec un Australien. Il s'étonne du fait que l'on puisse voyager en Iran, puis me vante une île thaïlandaise où la vie "plage-chaise longue-bière" n'est pas chère et ajoute en ricanant que les "girlfriends" sont bien en Thaïlande. Je n'ai pas demandé le nom de l'île ni ceux de ses copines...
Après de multiples arrêts, un passage de frontière, on arrive à Siem Reap, ville proche d'Angkor. Dormir quelques heures avant de se lever à quatre heures et demi pour aller voir le soleil se lever sur Angkor Vat. On pense que l'on va être les seuls sur place, or même à cette heure-là, c'est la ruée. Par chance, le site est tellement grand que l'on a pas trop le sentiment de Disney Land et le touriste se doit de respecter les traditions pour entrer dans les temples. Comme à Persépolis, on se sent petit et vraiment peu instruit sur l'histoire de ce lieu. Une tentative d'un résumé certes trop imprécis et trop concis serait de dire c'est un ensemble d'anciens temples dédiés à l'hindouisme puis au bouddhisme et que le site fut également capitale de l'Empire khmer. Amis historiens et autres spécialistes des civilisations anciennes, veuillez pardonner mon manque de connaissances. Deux journées passées à voir des temples au milieu de la forêt. La première en tuk-tuk, la seconde en vélo. Sur le chemin entre les temples, des étals remplis de fruits du Jacquier, de papayes, de bananes, de melons.
La location du vélo n'ayant coûté qu'un dollar, je ne suis même pas trop étonné lorsque la chaîne se casse après deux heures de routes. Un gardien du site me conduit jusqu'à un atelier pour réparer. Un peu sceptique en arrivant à la vue des canettes de bières vides qui jonchent le sol et la gaieté excessive du mécanicien du coin. Scepticisme qui laisse place à une agréable surprise en voyant avec quelle rapidité de la réparation est effectuée.
La courte expérience d'Angkor est certes magnifique mais permet aussi de se rendre compte que le chemin parcouru jusqu'ici est long et qu'il est temps de rester au même endroit l'espace d'une semaine au moins. Attendre Jérémie à Bangkok paraît être une très bonne option.
mercredi 9 décembre 2015
La Perse
Kerman et son bazar! J'y suis passé et repassé. Alors que jusqu'ici on trouvait parfois quelques commerçants parlant relativement bien l'anglais, ici c'est balbutiements pour balbutiements. Les étals de fruits et légumes, les boutiques d'ustensiles en cuivre, les habits traditionnels balouches aux couleurs pastel et les épices exercent encore et toujours leur pouvoir enchanteur (ah, le cumin Kerman!) sur le touriste. Ce qui diffère ici, c'est la réaction des gens à la vue d'un voyageur. En effet, les commerçants sont autant amusés et étonnés que l'étranger qui déambule dans les allées de leur bazar.
Sur conseil de mes hôtes, je prends un savari pour aller à Kaloot, dans le désert. Pour s'y rendre, il faut passer une des montagnes alentours. De l'autre côté, Shahdad et ses palmiers indiquent au passant un changement de climat drastique, il y fait nettement plus chaud qu'à Kerman.
Le taxi me dépose aux portes du désert, je marche quelques minutes pour m'éloigner de la route et pose mon baluchon avant la tombée de la nuit. Le soleil s'efface au loin derrière les montagnes, les étoiles apparaissent pendant que j'engloutis mon casse-croûte et contemple la voûte celeste. Je pense être seul, mais voilà que j'entends au loin vrombissements de voitures et même quelques semblants de musique. Titillé par la curiosité, je vais voir de plus près ce qui se passe et guidé par le son de la musique, des rires et des voix, je tombe sur une équipe de Kermani ayant eu la bonne idée de faire une petite fête dans le désert. Accueil iranien, on palabre, la nuit passe, le soleil se lève alors qu'un des convives a la bonne idée passer la Vie En Rose de Piaf.
Quitté Kerman à l'aube, Nadia et Mohsen se lèvent pour me dire au revoir. Pas de billet réservé, j'arrive au terminal et saute dans le premier bus qui part pour Bandar-e Abbas sur les rives du golfe persique. En gravissant quelques cols, le bus laisse littéralement sur place des poids lourds à la peine, qui n'ont sans doute jamais aussi bien portés leur nom. Une fois les derniers remparts franchis, on glisse gentiment vers le détroit d'Ormuz et ses eaux remplies de tankers. La température monte à mesure que l'on descend, la végétation apparaît mais on n'est pas encore au milieu de la forêt tropicale. Je sors du bus fait quelques pas en direction d'un hôtel repéré sur la carte, un homme me récrie. Dix minutes plus tard, je partage le déjeuner avec sa famille. Cette anecdote, à elle seule, reflète ce qui fut mon quotidien pendant les presque deux mois passés dans ce fabuleux pays qu'est l'Iran: des rencontres spontanées, des sourires échangés et une curiosité innée pour ce drôle d'animal touristique qui est venu jusqu'ici "pour voir avec ses propres yeux". Cinq mois de voyage où tout s'est écoulé comme un ruisseau tranquille, les couleurs sont passées du beau vert jurassien à l'ocre des montagnes persanes, au brun-gris des steppes.
Deux mois en Perse, moment de se rendre compte que si l'on a réussi à saisir au vol certaines informations sur la société iranienne et défricher un peu la gigantesque histoire perse, on se trouve à un croisement. On pourrait continuer ainsi à vagabonder dans cet énorme pays sans aller plus en profondeur ou alors une option plus intéressante serait de s'y installer apprendre le farsi et puis tenter de s'insérer un peu plus dans la société, ressentir ce qui peut disfonctionner, aller au-delà de la vision un peu romantique du voyageur. Il faudrait une vie entière pour avoir le doux espoir de comprendre l'Iran et ses habitants. L'actuel projet étant de continuer à bourlinguer, le visa arrivant à son terme, on se voit quitter cette belle amante aux yeux noirs avec laquelle on a flirté, en se demandant si cela est bel et bien arrivé. Le meilleur moyen d'en être certain est sans doute d'y revenir.
Avant cela, je vais tenter de brosser une petite liste (merci Mathieu) d'éléments "cocasses" de cette société mosaïque:
- dans les rues de Tehrân, les vendeurs de cartes à la sauvette. Car c'est un jeu d'argent potentiel et donc interdit par la loi
- pour saluer les femmes, leur serrer la main uniquement si elles en prennent l'initiative
- un couple marié a le droit de se donner la main en public, sinon c'est prohibé
- le tar'of, pratique qui consiste à refuser une offre deux ou trois fois pour mieux ensuite l'accepter; ou encore offrir quelque chose que l'on ne possède pas mais qui montre notre générosité
- le rituel avant de commencer une journée d'école. Un élève récite une partie du Coran qui relate les faits de l'un des douze imams reconnus par le chiisme iranien
- le mariage temporaire, dont la durée peut aller d'une heure à 99 ans. Il doit s'écouler trois mois entre chaque mariage temporaire, pour que le père éventuel soit en mesure d'assumer ses actes. Il est interdit d'avoir plusieurs mariages temporaires en même temps, même s'il y a des rumeurs comme quoi certains mollahs auraient contracté simultanément plusieurs alliances à court terme. Concrètement, cette pratique est utilisée pour avoir un moment d'intimité sans enfreindre les lois coraniques qui prohibent les relations sexuelles hors mariage. On peut donc se marier pendant deux heures puis être à nouveau célibataire.
Crème fraîche et miel à Tabriz
Sohan, safran, gaz d'Esfahan
Bazars intemporels menacés par des mall center impersonnels
Lavash, taftoon, barbari et sangak
Mirza ghasemi, ghormeh sabzi, kashke bademjan
Setar, tambur et daf mêlés à la plume poétique d'Hâfez
Châikhâne aux samovars fumants
L'Iran
Kheili mamnoon. Ta dafeye bad Iran!
Inscription à :
Articles (Atom)