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vendredi 22 janvier 2016

Yangon-Chine-Inde

La frontière nord entre la Thaïlande et le Myanmar est certes ouverte mais impossible pour les touristes de voyager ensuite par voie terrestre. Un retour vers Bangkok s'esquisse. Avant de repartir vers le Sud, petit tour en scooter jusqu'au Triangle d'Or, zone frontalière formée par le Laos, le Myanmar et la Thaïlande, où la culture de pavot était foisonnante et par conséquent le traffic de drogue important.

Bangkok, je suis revenu dans cette même petite rue, dans la même maison d'hôte sans oublier de prendre les mêmes petit-déjeuners. Malgré la taille gigantesque de la ville, j'y ai trouvé un semblant de vie de village et de petites habitudes. Y retourner? Sûrement.
J'ai aussi pu revoir une amie ayant grandi ici et vivant à Berlin. Balade sur une îlot au nord de la ville, véritable havre de paix, plongeon dans la piscine de la splendide maison de son père et puis déjà le temps d'aller enfin au Myanmar.

Arrivé à la frontière aux aurores, on franchit le pont qui traverse le fleuve Thaunggin. En une centaine de mètres le décor et ses acteurs changent radicalement. Il y a beaucoup moins de touristes, les femmes ont le visage couvert de thanaka, pâte couleur blanc-jaune à l'usage cosmétique mais qui les protège aussi des brûlures du soleil, les hommes chiquent du bétel, laissent des tâches écarlates en le crachant bruyamment sur le sol et ont la dentition pourrie qui va avec.

En faisant le tour de la pagode de Myawaddy, on croise des gamins qui sont tout heureux de pouvoir se moquer gentiment de ces hurluberlus occidentaux avec leur deux sacs à dos sur le paletot. On a pas encore passé une journée dans ce pays et même si l'on a à peine dormi quelques dizaines de minutes dans le bus jusqu'ici, on se sent bien.

On négocie le prix du voyage pour Yangon puis on attend que le bus se remplisse. Une fois parti, on sillonne sur une route semi-asphaltée entre les montagnes couvertes de jungle. Arrêt pour casser la croûte, un samovar fume au coin de la gargote et, à l'instar du four à pain déjà croisé lors du petit-déjeuner à la frontière, rappelle les premiers pas en Perse il y a de cela trois mois. 

Les villages de maisons sur pilotis se succèdent et les barques  à l'abandon au milieu de champs asséchés attendent patiemment la prochaine mousson. On traverse des plaines où l'agriculture traditionnelle règne: des bêtes et des hommes, pas une machine à l'horizon. Contrôles et péages tous les vingt kilomètres et pas une colline où ne trône fièrement une  pagode.
Dans le bus, cela secoue beaucoup et il y a aussi le chauffeur qui mastique, se racle bruyamment la gorge et crache de plus belle ce liquide visqueux et écarlate.  Les voitures que l'on croise sont remplies à ras bord, chaque centimètre cube étant judicieusement exploité. Et puis ce paysage qui est certes beau et exotique mais qui de part la densité de la végétation couplée à l'écrasante lumière du soleil en plein après-midi, vous emprisonnent quelque peu. On atteint Yangon à la tombée de la nuit. J'ai la chance d'avoir trouvé du Couchsurfing et Sridevi m'accueille avec un bon plat de son Inde natale. L'Inde, alors qu'il y a encore quelques mois, l'idée d'y aller ne m'avait même effleuré voilà que l'éventualité de s'y rendre un jour devient plus que plaisante.

Mais revenons au Myanmar. Premières impressions depuis le downtown de Yangon où se côtoient Chinatown et le quartier indien. Les hommes portent le tradionnel longyi, sorte de longue jupe, sur les panneaux publicitaires, les modèles sont plus blancs que blancs, les canons de beauté n'étant pas les mêmes qu'en Occident. J'aperçois un groupe jouant au chinlon, à peine le temps de m'asseoir pour les observer que l'on m'invite à participer. Expérience à répéter assurément. 
Le lendemain, pour à peine 200 kyats (quinze centimes environ), tour de la ville à bord du train circulaire. L'occasion de voir d'un peu plus près une partie du quotidien des habitants: marché aux légumes au bord d'un arrêt, moines faisant le tour des maisons en quête de nourriture, travailleurs se rendant au centre pour la journée... 
Après une agréable petite semaine passée à Yangon, direction Mandalay en bus via la nouvelle autoroute qui transperce littéralement la savane.

vendredi 8 janvier 2016

Bourrignon, Buddha et takraw

Donc attendre Jérémie et me reposer. J'ai essayé, en vain. Bon, en même temps, Bangkok n'est pas vraiment le lieu de villégiature idéal. Une agglomération de quinze millions d'habitants, un peu moins de deux fois la petite Suisse. Une multitude de lieux à visiter, des rues dans lesquelles il fait bon se perdre et surtout des petits stands de nourriture éparpillés partout en ville où l'on se doit de s'arrêter pour goûter aux saveurs locales.
Je pensais passer la soirée du 24 décembre seul. Je ne ressentais de toute façon pas trop « l’esprit de Noël » et puis connaissais une bonne adresse pour un pad thaï. J’ouvre ma page Facebook et vois qu’un couple de voyageurs jurassiens se trouve à Bangkok. On échange quelques mots. Un tuk-tuk et une dizaine de stations de métro plus tard, je me retrouve en compagnie de Julie, Julien (décidément!) et Paul en train de tourner une fondue de Bourrignon à Bangkok la veille de Noël! Magique est un doux euphémisme. Encore merci les amis! 




Le lendemain, j’entre dans le Wat Sanghatan. Ici plus question de fromage, vin rouge ou de récits enflammés à voix haute. Sur les personnes présentes, il y a trois étrangers et tout se passe en thaïlandais. On enfile un habit de couleur clair comme le veut le règlement à l'intérieur du temple, on accepte oralement le code de conduite. Ensuite, le programme se résume à méditer (assis, debout ou en marchant), prier beaucoup, dormir peu, manger peu et aussi contribuer à l'entretien du temple. J’ai tenu vingt-quatre heures. Une expérience forte, trop courte certes mais qui a eu le don de susciter ma curiosité et devrait m'amener à répéter l'expérience. Car, il faut bien avouer que je n'ai pas vraiment réussi à atteindre cet état méditatif où l'on se concentre uniquement sur le moment présent. Je quitte néanmoins le temple dans un état d'esprit calme et serein. 





Retour dans Big Mango, une ou deux parties de takraw, mélange de volley-ball et football que l’on joue avec une balle en osier, avec des joueurs rencontrés au pied de la Ghost Tower et voilà déjà Jérémie qui arrive avec son équipe de potes qu'il a connus aux Philippines: Indiens, Vietnamienne, Canado-americano-philippine (oui, oui c'est possible!) et un Espagnol. On passe trois journées et soirées mémorables à Bangkok puis mettons le cap au Nord, direction Chiang Mai. Là aussi, le séjour fut agréable: virée en scooter dans les montagnes alentour, cours de cuisine thaïlandaise, massage encore et toujours. Néanmoins, je dois avouer que j'éprouve un sentiment quelque peu mitigé quant à la faune touristique du lieu. Certes ce n'est pas la frénésie de Bangkok, ni la débauche de Pataya mais il y a quelque chose qui gêne lorsque l'on voit des groupes entiers se promenant dans un temple bouddhiste avec l'œil collé au smartphone ou encore lorsque qu'une touriste chinoise vous pousse en disant "You, photo!" Bref, ce constat peut-être parce que l'on se trouve en haute saison ou alors simplement parce que la Thaïlande est le pays d'Asie du Sud-Est le plus touristique. Tellement touristique, que le contact avec les gens du lieu est bien plus difficile qu'en Iran et quelque part me fait pour l'instant défaut.



Je quitte Chiang Mai dans un état d'esprit de Saudade que Jérôme évoque à juste titre dans un mot qu'il m'a laissé. Saudade, des six magnifiques mois écoulés depuis le début du voyage, Saudade des miens aussi. Ces six mois, peut-être le temps qu'il faut pour se rendre compte que ceux qui comptent nous manquent vraiment. Six mois aussi pour faire un mini bilan et de constater que les questions existentielles ne sauraient être si vite mises de côté. Aussi le moment de se donner quelques pistes pour la suite, si l'on ne veut pas être happé par le vide intérieur que chaque être humain cherche tant bien que mal à combler. Bref, le temps de quitter la Thaïlande et ses hordes de touristes armés de selfie-stick et faisant la queue pour prendre une photo seul devant un temple ou une statue de Bouddha.
Avant cela arrêt récupération à la frontière entre la Thaïlande et le Myanmar. Le corps ayant remarqué que l’esprit avait besoin de repos, rien de tel qu’un ventre barbouillé pour vous obligez à ne pas trop bouger.