La frontière nord entre la Thaïlande et le Myanmar est certes ouverte mais impossible pour les touristes de voyager ensuite par voie terrestre. Un retour vers Bangkok s'esquisse. Avant de repartir vers le Sud, petit tour en scooter jusqu'au Triangle d'Or, zone frontalière formée par le Laos, le Myanmar et la Thaïlande, où la culture de pavot était foisonnante et par conséquent le traffic de drogue important.
Bangkok, je suis revenu dans cette même petite rue, dans la même maison d'hôte sans oublier de prendre les mêmes petit-déjeuners. Malgré la taille gigantesque de la ville, j'y ai trouvé un semblant de vie de village et de petites habitudes. Y retourner? Sûrement.
J'ai aussi pu revoir une amie ayant grandi ici et vivant à Berlin. Balade sur une îlot au nord de la ville, véritable havre de paix, plongeon dans la piscine de la splendide maison de son père et puis déjà le temps d'aller enfin au Myanmar.
Arrivé à la frontière aux aurores, on franchit le pont qui traverse le fleuve Thaunggin. En une centaine de mètres le décor et ses acteurs changent radicalement. Il y a beaucoup moins de touristes, les femmes ont le visage couvert de thanaka, pâte couleur blanc-jaune à l'usage cosmétique mais qui les protège aussi des brûlures du soleil, les hommes chiquent du bétel, laissent des tâches écarlates en le crachant bruyamment sur le sol et ont la dentition pourrie qui va avec.
En faisant le tour de la pagode de Myawaddy, on croise des gamins qui sont tout heureux de pouvoir se moquer gentiment de ces hurluberlus occidentaux avec leur deux sacs à dos sur le paletot. On a pas encore passé une journée dans ce pays et même si l'on a à peine dormi quelques dizaines de minutes dans le bus jusqu'ici, on se sent bien.
On négocie le prix du voyage pour Yangon puis on attend que le bus se remplisse. Une fois parti, on sillonne sur une route semi-asphaltée entre les montagnes couvertes de jungle. Arrêt pour casser la croûte, un samovar fume au coin de la gargote et, à l'instar du four à pain déjà croisé lors du petit-déjeuner à la frontière, rappelle les premiers pas en Perse il y a de cela trois mois.
Les villages de maisons sur pilotis se succèdent et les barques à l'abandon au milieu de champs asséchés attendent patiemment la prochaine mousson. On traverse des plaines où l'agriculture traditionnelle règne: des bêtes et des hommes, pas une machine à l'horizon. Contrôles et péages tous les vingt kilomètres et pas une colline où ne trône fièrement une pagode.
Dans le bus, cela secoue beaucoup et il y a aussi le chauffeur qui mastique, se racle bruyamment la gorge et crache de plus belle ce liquide visqueux et écarlate. Les voitures que l'on croise sont remplies à ras bord, chaque centimètre cube étant judicieusement exploité. Et puis ce paysage qui est certes beau et exotique mais qui de part la densité de la végétation couplée à l'écrasante lumière du soleil en plein après-midi, vous emprisonnent quelque peu. On atteint Yangon à la tombée de la nuit. J'ai la chance d'avoir trouvé du Couchsurfing et Sridevi m'accueille avec un bon plat de son Inde natale. L'Inde, alors qu'il y a encore quelques mois, l'idée d'y aller ne m'avait même effleuré voilà que l'éventualité de s'y rendre un jour devient plus que plaisante.
Mais revenons au Myanmar. Premières impressions depuis le downtown de Yangon où se côtoient Chinatown et le quartier indien. Les hommes portent le tradionnel longyi, sorte de longue jupe, sur les panneaux publicitaires, les modèles sont plus blancs que blancs, les canons de beauté n'étant pas les mêmes qu'en Occident. J'aperçois un groupe jouant au chinlon, à peine le temps de m'asseoir pour les observer que l'on m'invite à participer. Expérience à répéter assurément.
Le lendemain, pour à peine 200 kyats (quinze centimes environ), tour de la ville à bord du train circulaire. L'occasion de voir d'un peu plus près une partie du quotidien des habitants: marché aux légumes au bord d'un arrêt, moines faisant le tour des maisons en quête de nourriture, travailleurs se rendant au centre pour la journée...
Après une agréable petite semaine passée à Yangon, direction Mandalay en bus via la nouvelle autoroute qui transperce littéralement la savane.