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dimanche 28 février 2016

On the island

Bref retour à Bangkok, qui gentiment mais sûrement s'impose comme étant un bon point de repère dans cette partie du monde. Revoir du muay thai, errer dans les multiples allées du marché de chatuchak, papilles gustatives en ébullition à Chinatown. Puis direction le sud de l'ancien royaume du Siam et ses multiples îles, plus précisément Koh Lipe. Pour s'y rendre, d'abord le train de Bangkok à Hat Yai, ensuite un minibus jusqu'au port de Pakbara et finalement un bateau jusqu'à Koh Lipe. Vingt-quatre heures après avoir quitter la frénésie de la capitale thaïlandaise, voilà le calme des eaux turquoises de la mer d'Andaman.


En arrivant à Hat Yai, on remarque que la proportion de la population musulmane est plus importante, on y retrouve les salles de prières dans les gares et sur la route du port, les temples bouddhistes ont laissé leur place à des mosquées au style tropical. La végétation diffère aussi et a gagné en intensité chromatique et en abondance.

L'île est petite, tellement petite que pour se déplacer la marche est un moyen de locomotion idéal. Cela permet d'explorer, de trouver des petites criques désertes où il fait bon se prélasser.
Les chaolay, une ethnie d'origine indonésienne, forme la population "locale". Ils sont aussi présents à Koh Lanta et Phuket. Il y a encore quelques générations, ils se déplaçaient d'îles en îles vivant de la pêche ou alors lorsque celle-ci faisait défaut d'un peu de piraterie. Aujourd'hui, le gouvernement thailandais les sédentarise, mais cela ne les empêchent pas de considérer la mer et ce qu'elle peut offrir comme étant leur propriété. Alors même si on leur a donné une "adresse", ils continuent de sortir en mer régulièrement pour pêcher, ramener de la glace depuis des bateaux spécialement affrétés ou encore aller chercher du bois sur une autre île pour réparer leurs bateaux.



Virée d'une journée en longtail avec arrêt sur plages désertes et petite exploration des fonds marins avec masque et tuba. L'entrée dans le monde subaquatique est saisissante: eau translucide où apparaissent poissons multicolores, anémones de mer et leurs poissons clown, oursins aux pics gigantesques.

Moment de vacances pendant ce voyage, où l'on se surprend à ne rien faire de la journée si ce n'est siroter des jus de mangues frais en écoutant le clapotis des vagues... Futile à souhait.  
 

 

Avec Fanny, une autre "sabbatique" rencontrée à Mawlamyine, on reste une semaine sur ce paisible îlot et puis partons pour Krabi. Là c'est certes touristique et il est difficile d'accéder aux îles alentours sans passer par un tour organisé. Or les formes que prennent les îles et les variations de bleu que prend la mer sont si exceptionnelles qu'il serait absurde de ne pas si rendre. Et puis, en prenant un minimum de recul, observer la plupart de touristes chinois prendre des selfies devant tout et n'importe quoi est un véritable divertissement, une ode à l'absurde aussi.  


 

Après deux belles semaines sur la côte thaïlandaise, le visa arrivant à son terme et puis ayant pris rendez-vous à Bali vers mi-mars, je repars vers le sud-est, en direction de la Malaisie. Avant cela, tentative de bilan des deux mois cumulés passés en Thailande. Sentiment mitigé. D'un côté Bangkok est une ville saisissante aux facettes multiples, la nourriture thaïlandaise est probablement l'une des plus riches et savoureuses que j'ai eue la chance de déguster et les paysages  qu'offre le littoral sont époustouflants. D'un autre côté, le contact avec la population locale aurait pu être plus intense. Pourquoi n'en a-t-il pas été ainsi? Peut-être que l'afflux massif de touristes lasse les locaux, peut-être aussi suis-je arrivé moins curieux ou alors la chaleur ambiante l'a un peu endormi. Peut-être encore que vu que tout est fait pour le touriste, ce dernier ne prend plus la peine de s'intéresser à l'autre et consomme sans trop chercher plus? En parlant de tourisme de masse, il est vraiment curieux d'observer cette faune (à laquelle j'appartiens aussi). Alors qu'ils se saluent volontiers lorsqu'ils se rencontrent dans des lieux peu fréquentés, dès qu'il y a plus de monde, il en va tout autrement:  on se dévisage dans les restaurants, un bonjour spontané est perçu comme étant bizarre et ne suscite pas de réponse. Bref, l'être humain reste un animal qui est parfois bien étrange avec ses semblables. 

Arrivée en Malaisie, le premier édifice religieux aperçu est une église catholique! L'alphabet thaï laisse place au latin, on se dit que l'on aura peut-être une chance de saisir au vol le sens de quelques mots. Changement aussi dans les infrastructures, autoroutes flambant neuves, train rapide et fonctionnant à l’électricité. De la peine à croire que l'on se trouve aussi proche du Myanmar. Apparemment le pétrole fait des miracles, enfin si on oublie l'aspect gaz à effet de serre. Sur le pont qui relie l'île de Penang à la terre ferme, on aperçoit les hauts immeubles qui viennent à peine de sortir de terre et ceux qui sont encore en pleine croissance. En l'espace de trois cents kilomètres, on a l'impression d'avoir fait un bon en avant dans le temps de vingt ou trente ans.












A Georgetown, accueilli par Emilia, son copain Valentin et la sœur de ce dernier. Deux journées passées chez eux. Deux journées aussi à arpenter les rues de cet ancien comptoir britannique du détroit de Malacca. Niveau population et architecture, on retrouve le brouhaha de Yangon. Communautés indiennes, chinoises et, différence ici, malaisiennes cohabitent et se mélangent entre elles. Pour se restaurer les foodstalls, sont présents à chaque coin de rue. Le voyageur se délecte aussi volontiers des nombreuses peintures murales qui jonchent la ville, chacune étant plus originale que l'autre.
 
 
 

vendredi 12 février 2016

Pagodes, pagodes, pagodes...


Mandalay, dernière capitale royale. On y visite son Palais…Royal, pardi! Une enceinte fortifiée entourée d'eau et véritable ville dans la ville. La majeure partie étant interdite au public, zone militaire oblige. Passé deux fins de journée près du pont U Bein, on laisse le regard porté au loin et ce besoin d’admirer un paysage « découvert » après un bon mois en Asie du Sud-Est d'être enfin comblé. Certes, il y a bien eu la perspective du fleuve à Bangkok, or ici, on passe dans une autre catégorie. Admirer en arrière plan de ce mastodonte de teck, le soleil rougir à mesure qu'il vient tutoyer la cîme des arbres à l’horizon est ressourçant. Bref passage dans la pagode Mahamuni, remplie de pèlerins et touristes. On doit faire la queue pour aller déposer des feuilles d’or sur Bouddha et puis aussi payer une taxe si l’on veut faire des photos ou des vidéos. Apparemment, toutes croyances confondues, il est toujours bienvenu de sortir son portefeuille.












L’Irradawwy reliant Mandalay à Bagan, l’occasion est trop belle pour ne pas y aller en bateau. Le voyage devait durer une petite dizaine d’heures. La faute à une eau trop peu profonde, il en a fallu vingt-huit pour se rendre jusqu’au haut lieu touristique birman. Le temps ne manque donc pas pour admirer le paysage, voir les familles birmanes vivant le long du fleuve faire leur lessive, les pêcheurs lançant leur filet depuis leur barque. Prendre aussi le temps de palabrer avec un couple de Marseillais fort sympathiques et un digne représentant du Vieux Pays. Il manquait juste le Pastis ou le Fendant pour que le tableau soit complet.

Bagan, la tête tourne à la vue d’une infime partie des presque trois mille pagodes qu’offre le lieu. Si l'on en transposait une ailleurs sur cette Terre, elle serait à elle seule «  l'attraction touristique »  du coin. Le site est très fréquenté mais vu la taille de ce dernier, on ne sent pas trop la masse. La possibilité de s’y déplacer à vélo ou en scooter électrique, donne un plus grand sentiment de liberté au touriste et puis il y a les couchers et les levers de soleil. Regarder les montgolfières aller frôler le sommet des temples pendant que le soleil apparaît ou s’efface dans le ciel est un pur délice pour les yeux et il est presque agréable de se lever à cinq heures du matin pour aller en reprendre une dose.







Après cinq jours paisibles, retour vers Yangon. Déambuler à nouveau dans son downtown frénétique. Y voir des sacs qui pendent depuis les fenêtres jusqu'au niveau de la rue et font office de livreur privé. Faire recoudre son short à même la rue, voir le couturier choisir minutieusement la bonne couleur de fil, répéter l'opération le lendemain avec son sac à dos. Réparer, voilà une chose que l’on a oublié un peu en Occident, où lorsque l’on entreprend une telle démarche, la réponse la plus fréquente sera une bonne tape dans le dos et un « Cela vous coûtera moins cher d’un acheter un nouveau ». Continuer à arpenter cette fourmilière géante et tomber sur des fabricants de lunettes qui découpent grossièrement les verres à la pince, font les finitions  à la meule manuelle le tout sur le trottoir et avec une dextérité exceptionnelle. Ici, chaque rue est un marché à ciel ouvert avec ses propres spécialistes: réparateurs de machines à coudre, de perceuses, vendeurs de téléphones portables, de bijoux, de montres, d'estampes, de calendriers, de cadres, de livres, sans oublier la nourriture omniprésente. Le tout est parsemé de mosquées sunnites ou chiites, temples hindous, bouddhistes ou chinois, églises ou encore synagogues. Un gros cheni à première vue, mais plus on déambule dans ces rues colorées plus le charme agit et l'on se laisse doucement emporter par ce dernier.  
 




 
 

 

Au fil du séjour birman, il est curieux de constater l’engouement des touristes pour ce qui a trait au bouddhisme, que cela soit dans la visite des lieux de cultes ou même dans la pratique de cette philosophie-religion. Monter au sommet d’une pagode, faire le tour en cinq minutes montre en main et bien sûr faire un maximum de selfie, faute de quoi cela ne compte pas. Cela devient même plus choquant que curieux lorsque débarquent dans des monastères des cars remplis de vacanciers dont la mission est de prendre en photo moines et nonnes avalant leur repas.

N’échappant pas à la règle, j’ai aussi pris quelques clichés et ai même poussé le paradoxe un peu plus loin en allant m’essayer à une retraite méditative dans un temple proche de Mawlamyine. L’expérience fut intéressante, forte, riche. Quelques questions sur la vie de monastère ont aussi surgi. Les moines bouddhistes viennent-ils vraiment tous pour méditer et atteindre le Nirvana ou le prestige social qui accompagne la fonction et la nourriture gratuite faussent-ils la donne? Une certitude, le peuple birman y croit et il faut le voir s’incliner au passage de chaque moine et passer une bonne partie de la journée à cuisiner, livrer la nourriture et laver les casseroles pour les bonzes.

Pour se rendre à Mawlamyine, le train. Départ avec cinquante minutes de retard, ensuite onze heures pendant lesquelles les wagons oscillent de gauche à droite ou alors sont secoués de haut en bas. Ça tangue, ça saute mais cela ne dérangent pas les vendeurs passant dans l'allée tels des équilibristes de haut vol avec leur denrées sur la tête. Vu la vétusté du convoi, on ne regrette pas que le chauffeur de locomotive ne dépasse pas les quarante kilomètres heure. En plus du luxe de la lenteur, le train offre des perspectives inédites: passage au milieu des rizières avec ci et là quelques buffles de rivière.







Arrêt à Hpa Han pour aller voir ses fameux reliefs karstiques avant de quitter le pays des Birmans, Chans, Karens, Tchins, Lichais et Palaungs et de continuer la route en Extrême Orient.










Myanmar, Terre d’Or: gentillesse et politesse de gens, moines vêtus d'ocre, d'orange ou de safran, nonnes en rose pastel, les volants à droite et la circulation à droite aussi (essayer d’entrer sur une route principale ou de dépasser un camion), des klaxons, des klaxons et des klaxons, odeur de poissons ou crevettes séchés. 

Pagodes, pagodes, pagodes...