En arrivant à Hat Yai, on remarque que la proportion de la population musulmane est plus importante, on y retrouve les salles de prières dans les gares et sur la route du port, les temples bouddhistes ont laissé leur place à des mosquées au style tropical. La végétation diffère aussi et a gagné en intensité chromatique et en abondance.
L'île est petite, tellement petite que pour se déplacer la marche est un moyen de locomotion idéal. Cela permet d'explorer, de trouver des petites criques désertes où il fait bon se prélasser.
Les chaolay, une ethnie d'origine indonésienne, forme la population "locale". Ils sont aussi présents à Koh Lanta et Phuket. Il y a encore quelques générations, ils se déplaçaient d'îles en îles vivant de la pêche ou alors lorsque celle-ci faisait défaut d'un peu de piraterie. Aujourd'hui, le gouvernement thailandais les sédentarise, mais cela ne les empêchent pas de considérer la mer et ce qu'elle peut offrir comme étant leur propriété. Alors même si on leur a donné une "adresse", ils continuent de sortir en mer régulièrement pour pêcher, ramener de la glace depuis des bateaux spécialement affrétés ou encore aller chercher du bois sur une autre île pour réparer leurs bateaux.
Virée d'une journée en longtail avec arrêt sur plages désertes et petite exploration des fonds marins avec masque et tuba. L'entrée dans le monde subaquatique est saisissante: eau translucide où apparaissent poissons multicolores, anémones de mer et leurs poissons clown, oursins aux pics gigantesques.
Moment de vacances pendant ce voyage, où l'on se surprend à ne rien faire de la journée si ce n'est siroter des jus de mangues frais en écoutant le clapotis des vagues... Futile à souhait.
Avec Fanny, une autre "sabbatique" rencontrée à Mawlamyine, on reste une semaine sur ce paisible îlot et puis partons pour Krabi. Là c'est certes touristique et il est difficile d'accéder aux îles alentours sans passer par un tour organisé. Or les formes que prennent les îles et les variations de bleu que prend la mer sont si exceptionnelles qu'il serait absurde de ne pas si rendre. Et puis, en prenant un minimum de recul, observer la plupart de touristes chinois prendre des selfies devant tout et n'importe quoi est un véritable divertissement, une ode à l'absurde aussi.
Après deux belles semaines sur la côte thaïlandaise, le visa arrivant à son terme et puis ayant pris rendez-vous à Bali vers mi-mars, je repars vers le sud-est, en direction de la Malaisie. Avant cela, tentative de bilan des deux mois cumulés passés en Thailande. Sentiment mitigé. D'un côté Bangkok est une ville saisissante aux facettes multiples, la nourriture thaïlandaise est probablement l'une des plus riches et savoureuses que j'ai eue la chance de déguster et les paysages qu'offre le littoral sont époustouflants. D'un autre côté, le contact avec la population locale aurait pu être plus intense. Pourquoi n'en a-t-il pas été ainsi? Peut-être que l'afflux massif de touristes lasse les locaux, peut-être aussi suis-je arrivé moins curieux ou alors la chaleur ambiante l'a un peu endormi. Peut-être encore que vu que tout est fait pour le touriste, ce dernier ne prend plus la peine de s'intéresser à l'autre et consomme sans trop chercher plus? En parlant de tourisme de masse, il est vraiment curieux d'observer cette faune (à laquelle j'appartiens aussi). Alors qu'ils se saluent volontiers lorsqu'ils se rencontrent dans des lieux peu fréquentés, dès qu'il y a plus de monde, il en va tout autrement: on se dévisage dans les restaurants, un bonjour spontané est perçu comme étant bizarre et ne suscite pas de réponse. Bref, l'être humain reste un animal qui est parfois bien étrange avec ses semblables.
Arrivée en Malaisie, le premier édifice religieux aperçu est une église catholique! L'alphabet thaï laisse place au latin, on se dit que l'on aura peut-être une chance de saisir au vol le sens de quelques mots. Changement aussi dans les infrastructures, autoroutes flambant neuves, train rapide et fonctionnant à l’électricité. De la peine à croire que l'on se trouve aussi proche du Myanmar. Apparemment le pétrole fait des miracles, enfin si on oublie l'aspect gaz à effet de serre. Sur le pont qui relie l'île de Penang à la terre ferme, on aperçoit les hauts immeubles qui viennent à peine de sortir de terre et ceux qui sont encore en pleine croissance. En l'espace de trois cents kilomètres, on a l'impression d'avoir fait un bon en avant dans le temps de vingt ou trente ans.
A Georgetown, accueilli par Emilia, son copain Valentin et la sœur de ce dernier. Deux journées passées chez eux. Deux journées aussi à arpenter les rues de cet ancien comptoir britannique du détroit de Malacca. Niveau population et architecture, on retrouve le brouhaha de Yangon. Communautés indiennes, chinoises et, différence ici, malaisiennes cohabitent et se mélangent entre elles. Pour se restaurer les foodstalls, sont présents à chaque coin de rue. Le voyageur se délecte aussi volontiers des nombreuses peintures murales qui jonchent la ville, chacune étant plus originale que l'autre.