Retour à Bangkok. Même petite rue, même maison d'hôtes. Se lever, aller manger la même soupe préparée à même la rue par une petite dame qui vous accueille avec le même sourire, puis un bon cafe avec un toast au miel. Répéter cela quelques jours de suite. Il peut paraître absurde, incompréhensible, ce besoin de repères, de s'inventer un mini quoditien pour celui qui n'en est jamais vraiment sorti. Mais force est de constater qu'après presque six mois sur la route, ce besoin de routine était devenu une nécessité. On frôle le paradoxe. Alors que l'on a voulu quitter (fuir?) cette routine et ses habitudes, en un joli retour de manivelle existentiel, nous voilà, après plus de dix milles kilomètres parcourus, presque revenu au point de départ. Comme un cycle bouclé, en guise de clin d'œil à la doctrine bouddhiste des lieux. Pourquoi ce besoin de routine? Peut-être que pour continuer la route il faut s'arrêter un instant, peut-être aussi pour oublier un peu que l'on va passer les fêtes loin de chez soi, loin des siens. Ces quelques points d'interrogation ne sauraient masquer une certitude, tant soit belle et riche cette aventure, elle ne saurait se substituer à ma famille (attention spéciale à Thylane, la plus adorable des filleules), mes amis de longues date, mes collègues de travail, bref la petite Suisse que j'ai laissée derrière moi il y a peu et qui pointera tôt ou tard à l'horizon. Moment de pause donc, avant de continuer, moment aussi de vous souhaiter à toutes et tous de très belles fêtes et un bon début d'année 2016!
jeudi 24 décembre 2015
samedi 19 décembre 2015
Vers l'est, encore! What?
Port Bahonar, avant de prendre le ferry pour Dubaï. On compte au total onze occidentaux: un couple de Polonais à vélo, une famille d'Autrichiens en camion et un Zurichois accompagné d'un Allemand, les deux à moto. Sinon des voiles et des turbans. Deux heures du matin sur le détroit d'Ormuz, je me fais réveiller par le ronflement d'un passager. Tour sur le pont, au nord l'Iran n'est plus qu'une lueur, les mouettes volent le long du ferry et le ciel étoilé resplendit.
Vers huit heures, le bateau approche de la côte des Emirats Arabes Unis. Dans l'air chaud déjà saturé d'eau, les grattes-ciels apparaissent, Burj Khalifa domine la scène.
À l'arrivée, film de propagande avec technologie dernier cri à l'appui et portaits des cheikhs trônant sur les murs du bureau de l'immigration. Alors que l'on patiente, un agent de douane apparaît, sa corpulence texane symbolisant à elle seule l'opulence de cette région du monde. Taxi, bus puis métro pour me rendre chez mon hôte. Je tourne la tête dans tous les sens en regardant ce qui défile devant mes yeux et reçois surtout une énorme claque, gifle, mornifle, baffe, taloche, appelez cela comme bon vous semblera, mais il est certain que l'arrivée à Dubaï laisse pantois. Deux jours à Dubaï avec une équipe de Couchsurfers incroyables: Belgique, Chili, Égypte, France et Suisse! Sorti beaucoup, dépensé trop d'argent et même fait la connaissance avec la police locale. Rien de bien méchant, mais ce qu'il faut pour rappeler que les droits de l'Homme ne sont pas appliqués de manière universelle.
Dans l'avion entre Dubaï et Bangkok, on indique la Kaaba sur les écrans de contrôle alors que le champagne est servi en première classe...
Premiers instants dans l'ancien royaume du Siam. Alors que l'oreille s'était faite au farsi et que certains mots pouvaient être saisis au vol, aucun point d'accroche pour le thailandais, à peine eu le temps de mémoriser "merci" et "bonjour". Pour prendre le métro, on fait la queue, cela change de Terhân. Une chose qui ne change pas c'est le moment où l'on se fait arnaquer par le premier tuk-tuk que l'on prend. Same, same dira avec un large sourire le conducteur. Le lendemain, réveil tardif, le dos à moitié en compote. Extraction du lit, massage thaïlandais, soupe. Ensuite, pris le bateau pour remonter sur le delta du fleuve Chao Phraya. On y croise des moines en kesa jaune-orange, des écoliers en uniforme et des touristes en "coup de soleil" accompagnés ou non d'une présence féminine "spontanée". Retour à pied jusqu'à la maison d'hôte en flânant. Flâner, sûrement une des choses les plus agréables lorsqu'on est sur la route.
Route Bangkok-Siem Reap. En sortant de la ville on se rend compte qu'elle ne se résume pas qu'aux attractions touristiques. À peine une dizaine de kilomètres parcourus que les premières maisons de tôles apparaissent. Mesurer aussi la taille de la ville ne serait-ce que part la file des voitures coincées sur l'autoroute. Par la fenêtre du mini-bus on voit du vert, du vert et encore du vert, parfois quelques cultures inondées. Après trois heures de route le paysage se dégage un peu et on aperçoit quelques colines au loin.
Lors d'un arrêt essence, discussion avec un Australien. Il s'étonne du fait que l'on puisse voyager en Iran, puis me vante une île thaïlandaise où la vie "plage-chaise longue-bière" n'est pas chère et ajoute en ricanant que les "girlfriends" sont bien en Thaïlande. Je n'ai pas demandé le nom de l'île ni ceux de ses copines...
Après de multiples arrêts, un passage de frontière, on arrive à Siem Reap, ville proche d'Angkor. Dormir quelques heures avant de se lever à quatre heures et demi pour aller voir le soleil se lever sur Angkor Vat. On pense que l'on va être les seuls sur place, or même à cette heure-là, c'est la ruée. Par chance, le site est tellement grand que l'on a pas trop le sentiment de Disney Land et le touriste se doit de respecter les traditions pour entrer dans les temples. Comme à Persépolis, on se sent petit et vraiment peu instruit sur l'histoire de ce lieu. Une tentative d'un résumé certes trop imprécis et trop concis serait de dire c'est un ensemble d'anciens temples dédiés à l'hindouisme puis au bouddhisme et que le site fut également capitale de l'Empire khmer. Amis historiens et autres spécialistes des civilisations anciennes, veuillez pardonner mon manque de connaissances. Deux journées passées à voir des temples au milieu de la forêt. La première en tuk-tuk, la seconde en vélo. Sur le chemin entre les temples, des étals remplis de fruits du Jacquier, de papayes, de bananes, de melons.
La location du vélo n'ayant coûté qu'un dollar, je ne suis même pas trop étonné lorsque la chaîne se casse après deux heures de routes. Un gardien du site me conduit jusqu'à un atelier pour réparer. Un peu sceptique en arrivant à la vue des canettes de bières vides qui jonchent le sol et la gaieté excessive du mécanicien du coin. Scepticisme qui laisse place à une agréable surprise en voyant avec quelle rapidité de la réparation est effectuée.
La courte expérience d'Angkor est certes magnifique mais permet aussi de se rendre compte que le chemin parcouru jusqu'ici est long et qu'il est temps de rester au même endroit l'espace d'une semaine au moins. Attendre Jérémie à Bangkok paraît être une très bonne option.
mercredi 9 décembre 2015
La Perse
Kerman et son bazar! J'y suis passé et repassé. Alors que jusqu'ici on trouvait parfois quelques commerçants parlant relativement bien l'anglais, ici c'est balbutiements pour balbutiements. Les étals de fruits et légumes, les boutiques d'ustensiles en cuivre, les habits traditionnels balouches aux couleurs pastel et les épices exercent encore et toujours leur pouvoir enchanteur (ah, le cumin Kerman!) sur le touriste. Ce qui diffère ici, c'est la réaction des gens à la vue d'un voyageur. En effet, les commerçants sont autant amusés et étonnés que l'étranger qui déambule dans les allées de leur bazar.
Sur conseil de mes hôtes, je prends un savari pour aller à Kaloot, dans le désert. Pour s'y rendre, il faut passer une des montagnes alentours. De l'autre côté, Shahdad et ses palmiers indiquent au passant un changement de climat drastique, il y fait nettement plus chaud qu'à Kerman.
Le taxi me dépose aux portes du désert, je marche quelques minutes pour m'éloigner de la route et pose mon baluchon avant la tombée de la nuit. Le soleil s'efface au loin derrière les montagnes, les étoiles apparaissent pendant que j'engloutis mon casse-croûte et contemple la voûte celeste. Je pense être seul, mais voilà que j'entends au loin vrombissements de voitures et même quelques semblants de musique. Titillé par la curiosité, je vais voir de plus près ce qui se passe et guidé par le son de la musique, des rires et des voix, je tombe sur une équipe de Kermani ayant eu la bonne idée de faire une petite fête dans le désert. Accueil iranien, on palabre, la nuit passe, le soleil se lève alors qu'un des convives a la bonne idée passer la Vie En Rose de Piaf.
Quitté Kerman à l'aube, Nadia et Mohsen se lèvent pour me dire au revoir. Pas de billet réservé, j'arrive au terminal et saute dans le premier bus qui part pour Bandar-e Abbas sur les rives du golfe persique. En gravissant quelques cols, le bus laisse littéralement sur place des poids lourds à la peine, qui n'ont sans doute jamais aussi bien portés leur nom. Une fois les derniers remparts franchis, on glisse gentiment vers le détroit d'Ormuz et ses eaux remplies de tankers. La température monte à mesure que l'on descend, la végétation apparaît mais on n'est pas encore au milieu de la forêt tropicale. Je sors du bus fait quelques pas en direction d'un hôtel repéré sur la carte, un homme me récrie. Dix minutes plus tard, je partage le déjeuner avec sa famille. Cette anecdote, à elle seule, reflète ce qui fut mon quotidien pendant les presque deux mois passés dans ce fabuleux pays qu'est l'Iran: des rencontres spontanées, des sourires échangés et une curiosité innée pour ce drôle d'animal touristique qui est venu jusqu'ici "pour voir avec ses propres yeux". Cinq mois de voyage où tout s'est écoulé comme un ruisseau tranquille, les couleurs sont passées du beau vert jurassien à l'ocre des montagnes persanes, au brun-gris des steppes.
Deux mois en Perse, moment de se rendre compte que si l'on a réussi à saisir au vol certaines informations sur la société iranienne et défricher un peu la gigantesque histoire perse, on se trouve à un croisement. On pourrait continuer ainsi à vagabonder dans cet énorme pays sans aller plus en profondeur ou alors une option plus intéressante serait de s'y installer apprendre le farsi et puis tenter de s'insérer un peu plus dans la société, ressentir ce qui peut disfonctionner, aller au-delà de la vision un peu romantique du voyageur. Il faudrait une vie entière pour avoir le doux espoir de comprendre l'Iran et ses habitants. L'actuel projet étant de continuer à bourlinguer, le visa arrivant à son terme, on se voit quitter cette belle amante aux yeux noirs avec laquelle on a flirté, en se demandant si cela est bel et bien arrivé. Le meilleur moyen d'en être certain est sans doute d'y revenir.
Avant cela, je vais tenter de brosser une petite liste (merci Mathieu) d'éléments "cocasses" de cette société mosaïque:
- dans les rues de Tehrân, les vendeurs de cartes à la sauvette. Car c'est un jeu d'argent potentiel et donc interdit par la loi
- pour saluer les femmes, leur serrer la main uniquement si elles en prennent l'initiative
- un couple marié a le droit de se donner la main en public, sinon c'est prohibé
- le tar'of, pratique qui consiste à refuser une offre deux ou trois fois pour mieux ensuite l'accepter; ou encore offrir quelque chose que l'on ne possède pas mais qui montre notre générosité
- le rituel avant de commencer une journée d'école. Un élève récite une partie du Coran qui relate les faits de l'un des douze imams reconnus par le chiisme iranien
- le mariage temporaire, dont la durée peut aller d'une heure à 99 ans. Il doit s'écouler trois mois entre chaque mariage temporaire, pour que le père éventuel soit en mesure d'assumer ses actes. Il est interdit d'avoir plusieurs mariages temporaires en même temps, même s'il y a des rumeurs comme quoi certains mollahs auraient contracté simultanément plusieurs alliances à court terme. Concrètement, cette pratique est utilisée pour avoir un moment d'intimité sans enfreindre les lois coraniques qui prohibent les relations sexuelles hors mariage. On peut donc se marier pendant deux heures puis être à nouveau célibataire.
Crème fraîche et miel à Tabriz
Sohan, safran, gaz d'Esfahan
Bazars intemporels menacés par des mall center impersonnels
Lavash, taftoon, barbari et sangak
Mirza ghasemi, ghormeh sabzi, kashke bademjan
Setar, tambur et daf mêlés à la plume poétique d'Hâfez
Châikhâne aux samovars fumants
L'Iran
Kheili mamnoon. Ta dafeye bad Iran!
lundi 30 novembre 2015
Zurkhâneh
Expérience du zurkhâneh (littéralement maison de force), sorte de fitness à la mode iranienne datant de l'époque pré-islamique. Rituels spécifiques, épreuves et respect de certaines règles morales et éthiques composent une séance du zurkhâneh. Ici, pas question de passer une ou deux heures à refaire le monde avec son voisin, s'admirer devant le miroir ou encore de pavoiser en gonflant ses biceps avec un sourire californien. Pendant l'heure consacrée aux exercices, les pahlevân (athlètes) suivent le rythme effréné du tambour joué par le morshed ("guide"). J'ai poussé la porte de ces salles de force, sans savoir vraiment si l'étranger que je suis allait être accepté dans ce lieu de tradition ancestrale, un peu comme si un Iranien faisant du tourisme en Suisse allait voir un match de hornuss. Première approche à Shiraz en mode spectateur exclusif puis à Yazd dans un cadre un peu plus touristique. À la fin de la séance, je demande si je peux revenir dans deux jours pour non plus regarder mais participer. La réponse est positive. Quarante-huit heures plus tard, après avoir enfilé le pantalon traditionnel que l'on me prête, je me retrouve à faire des pompes, sautiller sur place, étirer et renforcer les épaules en faisant balancer des massues en bois et suis même invité à tournoyer au milieu du cercle. Je dois avouer que je suis bien maladroit et qu'il me faudrait bien deux trois mois de pratique pour être un peu plus à mon aise. Je reste bouche bée devant un pahlevân qui jongle avec quatre massues ou encore en voyant un gamin d'à peine douze ans qui tourne telle une toupie pendant plus de deux minutes.
Je prends le bus pour Yazd, il se faufile entre les Zagros, les poèmes et le vin d'antan se dissipent peu à peu. Les tâches noires de troupeaux de moutons avec les bergers cigarettes au bec contrastent avec la musique pop iranienne émanant des haut-parleurs du bus. À mon grand plaisir, le ciel ne fait pas dans l'originalité et reste bleu. Le paysage semble s'immobiliser pendant trois ou quatre heures, seules les formes des montagnes alentours bruissent légèrement et apportent un sentiment de déconnection et d'apaisement. Aux abords de la route principale, des pistes partent vers les oasis, on aperçoit le nuage de poussière d'une voiture se dirigeant vers les montagnes, on s'imagine être au volant et rouler jusqu'au sommet. Ces mêmes montagnes servent aussi de point de repère spatio-temporel, car dès que le relief s'efface, on a l'impression que le bus se retrouve en pleine mer, où l'horizon serait infini. En portant le regard vers le ciel, la lune apparaît en plein après-midi et doit se demander si ce qu'elle voit n'est pas son propre reflet. Les villages en pisé sont comme camouflés dans le décor et signalent leur présence uniquement grâce au dôme bleu-turquoise de leur mosquée. Un des plus beaux trajets en bus, assurément.
A Yazd, je reste une petite semaine à l'Orient hôtel. L'occasion de rencontrer quelques voyageurs. Je me joins à deux Hollandais et un Espagnol pour aller visiter le temple zoroastrien de Chak Chak perché sur un flan de montagne. En parlant de montagne, Yazd est bâtie au pied de la chaîne de Shir-kuh (la montagne du lion), qui culmine aux alentours des 4000 mètres d'altitude. Avec Selmar, un des deux Hollandais, on décide d'aller voir si la vue vaut la peine depuis là-haut, on est pas déçu d'avoir été curieux.
Flânage dans le vieux Yazd, avec ses maisons construites en pisé, ses tours à vent, son bazar, son temple du feu. Apparemment, il est possible de monter sur le toît d'une mosquée moyennant négociation. Arrivant à la mosquée, le gardien me dit qu'elle est fermée mais m'accorde malgré tout cinq minutes de visite, je lui demande si je peux aller en haut, il me fait signe que non. Je sors un billet de dix Khomenei, ses réticences s'évaporent aussi vite qu'une goutte de pluie dans le désert et je me retrouve à contempler la ville d'en haut. Plus tard, sur la terrasse de l'Orient hôtel, le soleil disparaît lentement, les montagnes environnantes réapparaissent, quelques pistaches à gringoter, un peu de thé brûlant sorti du samovar, une journée en Perse.
La ville est coincée entre deux déserts, le Dasht-e Kevir au nord et le Dasht-e Lut à l'est. Le climat désertique de Yazd y à l'homme. Certes, il s'est arrangé d'avoir de l'eau via l'ingénieux réseau des qanats mais la sécherre et le froid nocturne font que la peau s'écaille et ressemble de plus en plus à celle d'un serpent en mue. On songe au climat de Shiraz qui paraissait, en comparaison, presque humide et on tremble déjà à l'idée d'aller jusqu'à Kerman, ville perchée à 1800 mètres d'altitude au creux d'une vallée du massif du Payeh.
Avant de me rendre à Kerman, je fais halte au caravansérail Zein-O-Din, dans le désert. Pendant le trajet, le chauffeur de taxi s'évertue à me dire qu'une nuit ici c'est assez, qu'il n'y a rien y à faire et son rire bruyant d'apparaître pour me faire part de son incrédulité. Je reste stoïque et me dis que si "rien à faire" signifie regarder les étoiles et se promener dans le silence du désert, alors cela me va très bien. Balade dans le désert, un motard surgit de nulle part, pneu à moitié crevé, il va sûrement à la ville chercher de quoi réparer.
Après deux nuits passées ici, je me dis que c'est le moment de tenter de faire un peu de stop. Je griffonne Kerman sur un bout de carton, un employé du caravansérail fait de même en farsi. J'ai à peine le temps de tendre mon bout de carton qu'un bus s'arrête, me charge, trois heures et trois francs plus tard j'arrive à Kerman. Je suis accueilli par Nadia, une Suissesse, vivant ici. Répétition du groupe de musique traditionnelle de son copain, trios de setars, voix cristalline, daf et tomback. Finalement c'est pas si terrible que cela ces 1800 mètres d'altitude.
mercredi 18 novembre 2015
Takhte Nard
Avant de repartir au Sud, un après-midi passé à Terhân chez une équipe d'artistes vivant en colocation. Goûté au vin maison, dansé, ri... J'en aurais presque oublié que je suis loin de chez moi. Or, en revenant chez Ali, la densité du traffic et la cacophonie qui va avec sont là pour me rappeler que la riante Ajoie est bien loin. À présent une idée en tête, sortir de cette métropole dans laquelle on se sent écrasé et qui absorbe l'énergie des fourmis la parcourant. Départ de Tehrân sous la pluie et le froid, accolade chaleureuse avec Ali et smog à couper au couteau que le bus transperce avec peine en partant vers le désert. Retour à Esfahan, le ciel est bleu, il y a de l'eau dans la rivière (quatre jours auparavant elle était encore à sec), je suis fatigué et barbouillé. Peut-être que le vin maison d'hier y est pour quelque chose. Je retrouve Ahmad et aussi Baptiste un joyeux jardinier français recontré à Trabzon qui a entrepris un tour du monde des jardins à vélo. Comme quoi il y a les sportifs et les autres... Je profite de son expertise en botanique pour mettre des noms sur la végétation des jardins d'Esfahan, partageons notre expérience du voyage jusqu'ici, avalons grosse quantité de thé ou de café et nous laissons rêvasser sur la place royale. Rêverie qui est quelques fois bousculée par la curiosité des quidams. On ne compte plus les "Where are you from?", "How old are you?", "Why did you come to Iran?" et même "Are you married?". A l'inverse du tar'of, où les réponses sont des plus évasives, les questions sont d'une précision helvétique et la limite entre ce qui est privé ou pas est beaucoup plus ténue ici. Ajoutez à cela la curiosité intarissable des locaux, si bien que parfois il faut décliner ses discussions spontanées si l'on souhaite un brin de tranquillité.
On parvient petit à petit à ressentir le rythme de la semaine iranienne, encore une ou deux semaines et il sera assimilé. En revanche, pour le rythme de la journée du Perse moyen, il faudra repasser.
Alors qu'à Tehrân on avait refusé que j'envoie un Takhte Nard (jeu de jacquet) en Europe sous prétexte que c'est potentiellement un jeu d'argent et donc interdit en Iran, il en va autrement à Esfahan. Après un premier refus, une cliente palabre quelques instants avec l'employée postale et comme j'ai le statut de touriste, on est bien d'accord d'envoyer l'objet prohibé vers le Vieux Continent. Il a été emballé et payé. Reste à savoir non pas quand il arrivera à bon port mais plutôt s'il y parviendra.
Je prends le bus pour Shiraz encore abasourdi par les événements tragiques de Paris. Le peu de personnes avec qui j'ai parlées de cette barbarie ne s'identifient pas à "ça" (à prendre dans le sens le plus vulgaire et dénigrant possible). Le soleil se couche sur le désert, la nuit prend son aise. Dernier arrêt pipi-prière avant d'arriver dans la ville d'Hafez et Sa'di les "deux poètes soufis, amoureux, ivres et génies littéraires"(Patrick Ringgenberg).
Au réveil, le bleu du ciel se marie à merveille avec le beige des anciens bâtiments de la ville. Il n'est pas rare que le nez croise avec plaisir un jasmin en fleurs. Les Monts Zagros entourent la capitale de la province du Fars qui s'étend sur des dizaines de kilomètres, trois fois la Vallée de Delémont, peut-être même quatre. La notion de ville à l'échelle suisse est largement dépassée et l'on redescend avec la peur d'être engloutit par ce monstre urbain.
Je visite le mausolée de Shah Cheragh, un homme effectue sa prière vêtu d'un pull sur lequel le mot FRANCE est inscrit...Troublant. Dans le bazar, les commerçants passent la pause de midi à jouer au backgammon en attendant que la frénésie commerçante reprenne.
À la fin de la deuxième journée, je trouve un point de vue pour apprécier le couché de soleil sur la ville. Lorsque le soleil va se cacher derrière les montagnes, la ville réapparaît, le ciel se teinte de couleurs insoupçonnées, le rouge et le bleu s'en donnent à cœur joie dans leur variation les plus subtiles et quelques nuages épars ajoutent leur touche au tableau. Je suis bien content d'avoir mes yeux et mon appareil photo pour admirer le spectacle, mais il m'aurait fallu une toile, de la peinture, un pinceau et surtout du talent pour restituer au mieux ce qui s'offrait à moi depuis mon perchoir.
Troisième journée passée à Persepolis (Takht-e Jamshid), ville fondée par Darius le grand et utilisée comme lieu de célébration du Nawrooz, le Nouvel-An persan à l'équinoxe de printemps. Sur la route, on aperçoit un panneau indiquant: Tehrân 890 kilomètres. Chiffres à l'appui, l'Iran étale sa grandeur.
lundi 9 novembre 2015
Persepolis 1 - Esteghlal 1
En arrivant en Iran, j'avais en tête l'idée d'aller voir le match de football entre les deux clubs phare de la capitale, à savoir, Persepolis et Esteghlal. Alors lorsqu'Ali m'a dit que le fameux derby aurait lieu à peine une semaine après mon arrivée à Terhân, j'ai cherché un moyen de me procurer un billet. Vu que sur Internet il faut donner son numéro de carte d'identité iranien, je suis allé au stade sans laisser-passer et bien m'en a pris, car pour à peine 3-4 francs j'ai pu assister à la partie. Le spectacle qui m'intéressait le plus, sans vouloir discréditer le niveau du football iranien, était dans les gradins. Là, jeunes et moins jeunes sont bien plus passionnés que pour Mouharram. J'ai reparlé de cet événement religieux avec quelques locaux et il semblerait qu'à Terhân on profite de l'occasion pour pouvoir sortir, côtoyer des personnes du sexe opposé, échanger numéro de téléphone, contact Facebook ou Instagram sans que la police ne vienne perturber ces jeux de séduction normalement prohibés dans l'espace public.
Retour au stade Azadi, plein comme un œuf pour l'occasion: d'un côté les rouges de Persepolis de l'autre les bleus d'Esteghlal. Des chants incessants pendant les nonante minutes, des vendeurs de thé, de cigarettes, de graines de sésame, des encouragements mais aussi pas mal d'insultes envers l'arbitre, les adversaires et aussi quelques engueulades entre supporters du même camp. Un match de football en Iran mais dont on aurait pu imaginer qu'il se déroule ailleurs dans le monde en changeant quelques détails: alcool autorisé, choripan, un brin de folie en plus et on est de retour au pays des Gauchos. Ou encore: on garde les mêmes couleurs, on enlève 89'000 spectateurs sur les 90'000 présents, on change le farsi pour quelques mots de patois aidjôlat et nous voilà au stade du Tirage pour un bon vieux FC Alle-FC Porrentruy.
Je quitte la capitale iranienne en bus. A peine sorti de la zone urbaine et l'on retrouve un paysage semi-désertique dont on avait presque oublié l'existence. Durant le trajet, une grand-maman passe son temps à me donner à manger: pistaches, cornichons et j'en passe. Je passe une nuit à Qom, chez Kamran ou plutôt dans son dortoir de l'université en compagnie de ses colocataires: deux Afghans, un Irakien et un Pakistanais. On parle famille, religion, voyage, salaire... Le Pakistanais m'assure qu'il est possible d'aller en bateau jusqu'à Karachi puis de faire de même jusqu'en Inde. Mes yeux s'écarquillent et je me retrouve presque devant un choix. Dois-je pousser vers l'Est, continuer ma route par voie maritime puis terrestre afin de poursuivre mon périple jusqu'en Asie du Sud-Est; ou alors de prendre mon temps en Iran et ensuite prendre un vol pour rejoindre la Thaïlande où j'ai pris rendez-vous avec une bonne équipe pour Nouvel-An? Bon je disserte peut-être pour rien car je n'ai pas encore renouvelé mon visa, donc une chose après l'autre.
Sur la route entre Qom et Kashan le paysage fait grise mine. Il pleut dans le désert! À main gauche, quelques collines plissées. À main droite, c'est plat et l'horizon prend fin uniquement parce que la grisaille sature l'atmosphère. On quitte Kashan avec la même couleur "asphalte d'autoroute" agrémentée d'un air froid qui ne daigne pas s'en aller, l'hiver arrive en Perse. Après une heure de route on amorce la montée vers Esfahan, le soleil perce furtivement les nuages, finalement il gagne la partie et les montagnes mornes regagnent en splendeur. On arrêterait volontiers le bus simplement pour les contempler une heure ou deux un verre de thé à la main. L'échelle du paysage est tellement grande que l'on a l'impression d'avancer au ralenti, le concept de vastitude surhumaine évoquée Annemarie Schwarzenbach est en adéquation totale avec ce lieu.
Un long bout droit d'autoroute mène vers la ville que les Safavides avaient baptisée la moitié du Monde. Je sors du bus, prends un taxi qui joue de quelques ruses pour contourner les embouteillages, pose mes affaires chez Ahmad, puis part directement pour Naqsh-e Djâhan, la place royale d'Esfahan. En quelques mètres on est transporté hors des embouteillages et du chaos de la ville et cela fait vraiment du bien. Les tonalités de bleu du ciel et des façades des mosquées ou des palais de la place se marient à merveille et l'on a l'impression de se trouver dans une autre dimension tant le contraste avec le reste de la ville est saisissant.
Le soir même mon hôte, Ahmad, fête ses trente ans. J'en profite pour aller faire un tour du côté arménien afin d'acheter de quoi marquer coup. Première gorgée au chaud chez Ahmad et la dernière en grelottant au bord de la rivière assèchée.
Retour à Terhân, en train et de nuit cette fois. À la gare ferroviaire d'Esfahan, discussion avec une bande de collégiens: fraîcheur, spontanéité, questions à tout va, me rappellent que même si je suis en mode voyage, le beau métier d'enseignement m'attend en Suisse. Huit heures de train plus tard, retour dans le smog tehrani. Je revois quelques amis, me rends compte surtout que cette ville est un monstre, qu'elle fatigue énormément de part les distances à couvrir et le nombre incalculable de voitures au mètre carré. De plus il fait gris, froid et il pleut c'est le moment de retourner un peu plus au sud.
jeudi 29 octobre 2015
Qormeh sabzi
Avant de quitter Rasht, j'ai passé une journée à Bandar-e Anzali avec deux iraniens que j'avais rencontré le jour précédent. On s'est baladé dans leur ville qui n'est franchement pas la plus jolie du pays, mais bon il y a la Caspienne. Ils ont d'ailleurs eu un peu de peine à comprendre mon obstination à vouloir m'immerger dans une eau pas très propre et selon eux trop froide. Une fois mon baptême caspien effectué, j'ai été convié à partager un repas dans leur maison, un régal! Cela fait deux semaines que je suis en Iran et les mots me manquent encore pour qualifier la saveur des mets locaux dont voici un bref florilège: halim-e gusht, dizi, djudjeh kabâb et mon préféré jusqu'ici khoresh-e qormeh sabzi (un ragoût aux légumes).
Même si j'ai conscience de ne pouvoir parler uniquement avec la partie la plus éduquée du pays (celle maîtrisant l'anglais), il est intéressant de prendre connaissance de ce point de vue. Cette frange de la population aimerait pouvoir s'exprimer librement, entre quatre yeux on avoue ne pas être pratiquant et la plupart de femmes ôterait volontiers ce fichu voile dans l'espace public. On sent qu'il y a une attente énorme de changement, reste à savoir quand et comment il arrivera. Ces échanges de point de vue sont autant d'occasions de me rappeler que je viens d'un pays où la liberté de s'exprimer est garantie. Ladan m'a dit que lorsque je ne suis pas content de ce qui se passe dans mon pays, je peux le dire haut et fort, qu'il faut profiter de le faire, alors qu'ici il en va bien autrement.
Je reprends la route, elle me mène de Rasht à Qazvin. La verdure des rives arrosées de la Caspienne disparaît au fur et à mesure que le bus gagne en altitude. Après deux heures de route, on atteint le plateau iranien qui s'étend depuis l'Alborz jusqu'au Golfe Persique (à peine plus grand que les Franches quoi!). Arrivé à Qazvin, je prends le chemin du bazar, mon nez s'extasie des incroyables senteurs qui flottent dans l'air. C'est peut-être le dixième que je parcours depuis le début du voyage, mais impossible de me lasser de ces ambiances, couleurs, parfums. Je me balade dans le caravansérail, arrive sur la place de la mosquée du Vendredi: le ciel est bleu, la place est presque déserte, les couleurs des façades jouent avec le soleil, le temps s'arrête. Lendemain, une journée passée dans un taxi pour se rendre au château d'Alamut, perché à 1800 mètres d'altitude dans l'Alborz et qui trône sur une magnifique vallée. Il ne reste que quelques piteuses ruines mais il fut important il y a un peu moins de mille ans. C'est de là qu'Hassan-i Sabbâh envoyait des meurtriers perpétrer l'assassinat politique, d'où le surnom du château des Assassins. Au-delà des ruines, la route qui mène jusque-là est grandiose, des virages à n'en plus finir, parfois on évite de justesse bergers et troupeaux au beau milieu de la route et les cols à passer feraient pâlir le dernier vainqueur du Tour de France.
Je repars ensuite vers Tehrân. Je me pose au bord de l'autoroute, à peine le temps de donner du feu à un militaire qui rentre pour le week-end à la maison, qu'un minibus s'arrête et nous embarque. Les passagers et le chauffeur sont aimables et curieux. D'où viens-tu? Pourquoi l'Iran? Combien de temps tu vas rester?
Une fois les présentations faites, ils continuent à palabrer entre eux et je me laisse bercer par la douce mélodie du farsi. La route est courte jusqu'à Terhân. Aux abords de la ville les panneaux publicitaires pour de la bière locale (évidemment sans alcool) toise des portaits de Khomeini et Khamenei.
Sur le périphérique, on peut lire de signaux indiquant la direction à prendre pour le Golfe Persique et à travers le smog on devine quelques barres d'immeubles et la tour Milad.
Je prends le métro et arrive au centre d'une ville d'une dizaine de millions d'habitants quasiment déserte, pour cause de Mouharram qui arrive à son point culminant avec le jour d'Achoura. Glace au safran au Pârk-e-Shahr avant de me rendre à la "Khayyam House", où je vais passer deux nuits avec d'autres voyageurs. Le matin, on part acheter le petit-déjeuner et c'est avec le sangak sous la bras que l'on retourne à la maison. On pourrait écrire un livre entier sur le pain iranien. Au coin des rues, il n'est pas rare de d'abord sentir l'odeur des tâftun, sangâk, barbari ou autre lavâsh puis ensuite de voir une longue file attendant patiemment de recevoir ce fidèle ami qui accompagne le repas de chaque Persan depuis probablement plusieurs millénaires.
Alors que je suis entré dans une capitale iranienne vide, deux jours plus tard la vie reprenait son cours. Ici, la population oscille entre douze millions la journée et dix millions le soir. Quand je dis que la vie normale a repris son cours, il en va autrement dans le grand bazar, qui lui a son propre rythme. Alors que je voulais aller faire quelques emplettes, j'ai dû rapidement déchanter, car ici Mouharram continue. Balade l'après-midi dans entre les musées et les jardins du palais du Golestân, véritable havre de paix au milieu de cette jungle urbaine. Alors que je m'apprête à sortir des jardins, je suis interpellé par Shâban, un cordonnier bientôt à la retraite. Il parle un peu le français et me demande si je suis d'accord de discuter un peu avec lui. J'accepte avec plaisir, lui demande pourquoi il apprend la langue de Molière? Parce qu'il l'aime pardi! Bon, si je m'embête à ma retraite, je pourrai toujours me mettre au farsi.
En parlant de farsi voilà un mot typiquement d'ici, le ta'ârof. C'est difficilement traduisible car il fait partie intégrante de la culture iranienne mais en voilà deux exemples: mon hôte Ali, qui cuisine très bien, refuse que je fasse des compliments sur sa cuisine; si vous demandez le prix de la course à un taxi, il vous dira "C'est bon!", mais il désire bel et bien être payé!
Désirant envoyé un paquet en Suisse, nous sommes allés avec Ali à la poste centrale de Terhân. Là, j'ai eu le privilège d'expérimenter les services de poste iraniens. Experience drôle en qualité de touriste, mais qui lorsqu'elle devient quotidienne doit être rapidement énervante.
Brève impression de Tehrân fin octobre 2015: nasoplastie chez les femmes et les hommes, sections de métro ou de bus réservées uniquement à la gent féminine, mollahs avec smartphone à l'oreille, voile et maquillage surabondant cherchant cohabitation harmonieuse, horloge suisse accrochée au mur d'une mosquée, société à double face coincée entre l'espace public et l'espace privé.
mardi 20 octobre 2015
Le plateau arménien
Départ d'Erzurum en minibus. Halya me dit encore une fois de faire attention, le voyage se passe bien.
La couleur des montagnes oscillent entre le vert militaire et le jaune moutarde, alors que le bus file droit dans une vallée. On aperçoit parfois un pont ferroviaire rouillé, un mince fleuve qui serpente aux abords de la route.
On franchit un col, une poignée d'arbres aux couleurs automnales apparaissent. En descendant, la route noire zigzague au milieu de cette nature vide dont la quiétude est bousculée par quelques camions ou bus errant par là. C'est sec, rude et si unique que cela en devient beau par la force des choses. Sûr qu'ici, les hivers doivent être longs et glaciaux.
En arrivant à Doğubayazıt, quelque chose frappe l'attention. Dans les rues les couleurs et les noms des banderoles de propagande changent complètement. Alors que le parti pro-kurde était, par exemple, interdit à Erzurum, ici pas une trace du parti de l'actuel président.
En me baladant dans la rue principale, on m'interpelle, me demande d'où je viens et on m'offre...le thé pardi! De retour à l'hôtel il en va de même. Au moment de quitter la Turquie, il est vraiment agréable de sentir cet intérêt curieux, bien que parfois non-dénué de dessein mercantile, chez les habitants de ce pays. Dire aussi que la communauté turque des Couchsurfeurs peut être fière d'elle de par son hospitalité, sa bienveillance et sa spontanéité.
Teşekküler Türkiye!
Je profite du deuxième jour passé ici pour aller voir le palais d'Ishak Pasha aux abords de la ville. Montée à pied et descente en voiture avec des locaux qui m'épargnent de marcher sous la pluie.
Avant de prendre le bus pour la frontière, je prends un thé dans une gargote du coin. Il n'y a que des Kurdes, les infos passent, un chef d'état que je ne nommerai pas passe sur l'écran, les mines, déjà ravinées par l'âpreté du climat, se referment un peu plus...On verra bien ce qui se passera le premier novembre...
Le bus part, passe devant le mont Ararat, point culminant du plateau arménien. À l'approche de la frontière, on dépasse une grosse file de camions de dix ou quinze kilomètres, peut-être plus. Prenant leur mal en patience, les camionneurs palabrent paisiblement au bord de la route, certains improvisent des "selfies" avec l'Ararat comme arrière plan.
A la douane pas question de laisser un touriste faire la queue. Les contrôles se passent bien et se ponctuent par un "Welcome to Iran mister". Jeudi, 15.10.15, à 09.26 heure suisse, avec un énorme sourire de gosse aux lèvres, limite les larmes aux yeux, j'entre en Iran...
Je prends un taxi pour la gare de Maku, me fais sûrement un peu arnaquer. Mais bon, cela fait partie du rôle de touriste.
On traverse Maku et ses dix kilomètres de longueur, ville coincée dans un étroit canyon. Le taxi me dépose à la gare des bus. Le bus descend un toboggan géant de deux cents kilomètres de long et sept cents mètres de dénivelé négatif. Tabriz apparaît, où je suis accueilli par Hossein. L'écriture change, la mélodie de la langue aussi. Car même si dans cette province de nombreuses personnes parlent l'azéri ou l'arménien, le farsi reste néanmoins la langue officielle.
Mon arrivée en Iran coïncide avec le début de Mouharram, moment où les gens se rassemblent et défilent de noir vêtus en tapant sur des grosses caisses et en portant le deuil du troisième imam, Hossein mort en martyre à Kerbala il y a bien longtemps. Les tambours résonnent encore alors que je m'endors sur le sol iranien.
Lendemain après une partie de volley-ball, départ pour Jolfa, ville proche de la frontière avec le Nakhitchevan et l'Armenie. Dans la voiture encore une heure de chants miséricordieux à la mémoire de l'imam Hossein (apparemment c'est parti pour dix jours de suite). On arrive au monastère de Saint-Stéphanos, où l'architecture est du même type qu'en Macédoine et me renvoie deux mois en arrière. J'en oublierais presque que je suis en Iran. On reprend la route et passons par des paysages d'une beauté rare. Montagnes rouges à la texture cartonnée, rivière couleur carmin et ciel d'un bleu aussi rare que pur. De part et d'autre de l'Araxe, il y a des miradors d'où des soldats iraniens et azéris surveillent leur frontière respective et pour qui le temps doit passer bien lentement.
Je paie mon guide à la fin de la journée, en ne comprenant pas grand chose au sytème de convertion entre rials-tomans-euros-francs suisses.
Le lendemain, ballade dans le bazar vieux de mille ans avec Hossein. On achète un cadeau pour sa copine suisse. Le vendeur lui demande d'où je viens. Un Suisse ses yeux s'illuminent et me dit haut et fort "pays de la liberté", puis s'interroge du pourquoi il est né en Iran et non ailleurs. Hossein, en bon philosophe, à la réponse la plus sage et adéquate: pour changer les choses...
Bus de nuit entre Tabriz et Rasht, au réveil la Caspienne, du vert partout et lorsque le regard porte au nord, les cîmes enneigées de l'Alborz sont là.
Arrivée à Rasht chez Ladan et Pyruzan. Une journée à parler visa, voyage, on passe de la musique traditionnelle iranienne à Gainsbourg et Brel. Un splendide morceau de musique persane emplit le salon, je suis comme envoûté et alors que normalement elle emmène au loin mon esprit, cette fois je suis bel et bien au bon endroit.
lundi 12 octobre 2015
Kara Deniz
Je suis parti difficilement d'Ürgüp, belle région, climat agréable et surtout une équipe de Couchsurfeur exceptionnelle.
J'ai quand même réussi à me glisser dans le bus pour Trabzon. Cette fois mille mètres en moins l'espace d'une nuit. Lorsque le soleil se lève, il fait briller la mer Noire alors que le vert des collines renaît. Il est agréable de se retrouver à nouveau au bord d'une étendue d'eau. En Cappadoce j'ai discuté avec Anton, un Urkainien qui a participé aux manifestations de Euromaïdan où il a, entre autre, perdu un doigt. Me dire que sur la rive nord de cette mer que je longe se trouve la Crimée, l'Ukraine fait que les mots conflits, guerres, réfugiés sonnent différemment qu'il y a quelques semaines en arrière. Arrêt pause café à Ordu, les pêcheurs sont au bord de mer, quelques nuages apparaissent, la mer se teinte de bleu, gris et argent.
J'arrive relativement fatigué à Trabzon mais vais rapidement au consulat iranien afin d'obtenir mon visa d'entrée. On me dit gentiment qu'il faut revenir le matin suivant. Retour donc le matin suivant dès l'ouverture du consulat en quête du précieux sésame. Or, vu que je suis entré en Turquie avec ma carte d'identité, mon passeport ne porte aucune estampe turque, chose indispensable en vue de l'obtention du visa. On me dit d'aller chercher un papier au poste de police et après avoir déambulé dans les locaux de l'administration locale tels Astérix et Obélix lors de leurs douze travaux, on daigne bien me donner le document idoine. Retour au consulat d'Iran, on me dit que le document ne convient pas et me suggère d'aller en Géorgie (à un peu plus de 200 kilomètres de Trabzon) afin d'avoir le fameux "stämpf" dans mon passeport. J'embarque donc directement dans un bus pour Batumi, passe la frontière, vais jusqu'à la gare routière, achète un billet de retour. Le bus pour revenir à Trabzon part dans trente minutes...Trois heures plus tard le bus part enfin. On s'arrête pour faire le plein, un camion aux plaques kazakhes fait de même. Un Géorgien revient dans le bus avec un bonne vingtaine de cartouches de cigarettes et me donne quelques paquets pour passer la douane plus facilement, certains passagers ayant même eu le privilège de passer du caviar du côté turc. Chaque côté de la frontière est bien différent. Plage, alcool d'un côté et mosquée de l'autre...En passant la frontière, le douanier turc me fait remarquer que je n'ai passé que cinq heures en Géorgie, s'étonne un peu de l'absurdité de mon entreprise, je ne peux retenir un sourire malicieux mais finalement j'obtiens le cachet tant convoité. Trois heures plus tard, me voilà de retour à Trabzon. Bref, je suis allé en Géorgie.
Après une bonne nuit de sommeil, énième visite au consulat d'Iran. Encore un paiement et quelques photocopies à effectuer et j'obtiens le visa d'entrée pour l'ancienne Perse.
Je profite de déambuler un peu plus tranquillement dans Trabzon, vais voir un match de football de Trabzonspor, la fierté locale, avec Gokhan et Uygar, deux Couchsurfeurs du coin. Semaver et partie de tavla à Boztepe, le temps s'étire, petits footings sur le littoral, récits de voyage avec Martial, Baptiste et Kévin et puis Jérémie qui est arrivé mercredi passé. Comme les deux Fred auparavant, voilà encore un ami de longue date qui croise ma route. N'ayant pas encore vu Istanbul, il me convainc de retourner là-bas. Il faut dire aussi que le crachin "trabzonien" et l'expérience du principe des bars où les hommes arrivant sans compagnie féminine doivent rester entre eux n'ont pas peser lourd dans la balance. Vu que Jérémie n'y a que deux jours avant son retour sur sol helvétique, on prend l'avion et deux heures plus tard nous sommes de retour sur les rives du Bosphore.
Dimanche passé, après peu d'heures de sommeil, voilà que j'arrive à Erzurum. On sent rapidement que cette ville se situe à près de 2000 mètres d'altitude. Le paysage est saisissant, le brun des montagnes alentours est austère et n'a d'équivalent que l'âpreté du climat et le côté conservateur de la population locale. J'ai trouvé logement chez Hayal, Couchsurfeuse et étudiante en médecine. Encore une fois, au risque de me répéter, j'ai été reçu comme un roi : visite guidée, dégustation des spécialités locales et danse folklorique dans la pièce commune. Des moments simples mais ô combien précieux.
Je ne peux passer outre ce qui s'est passé ce week-end à Ankara. N'étant pas journaliste, ni politologue je ne m'aventurerai pas sur le chemin de l'explication, l'analyse et encore moins la théorie de bistrot... La voix d'Emily Loizeau suffira.
lundi 28 septembre 2015
En Anatolie
De retour à Izmir. Trois jours où j'ai simplement profité de revoir des personnes que j'avais croisées, retourner au bazar, à la place de l'horloge, profiter de l'air marin et de la bonne atmosphère qui règne dans l'ancienne Smyrne.
Lorsque je commande un thé après avoir avalé un bon izkender kebap, on me répond avec courtoisie qu'il n'est plus bon et que l'on ne va pas me le servir. Comme quoi, on ne cherche pas absolument à vendre pour vendre. Niveau culinaire, j'ai aussi goûté au boyoz (spécialité locale à base de pâte feuilletée), accompagné de menemen maison au petit-déjeuner. Un match de basket avec un ado du coin, une soirée commencée avec un peu de Rakı agrémenté quelques bons mezzes et puis une partie de la nuit passée au bord de la mer Égée à rire et théoriser avec Merve et ses amis. Je constate que les soirées redeviennent plus fraîches et que l'été tire gentiment sa révérence. Le temps pour moi de poursuivre ma route.
Je monte dans le train pour Ankara avec les idées un peu confuses, Izmir restera une magnifique étape, des belles rencontres, la légèreté des villes côtières... À l'instar d'Istanbul, j'aurais pu rester plus longtemps ici, y revenir sûrement. Le train quitte Izmir la belle sur un coucher de soleil.
Après avoir gagné presque mille mètres d'altitude en une nuit, le paysage est complètement différent au réveil. Le bleu de la mer laisse sa place au cuivre-brun de l'Anatolie, vaste plateau entouré des chaînes de montagnes Taurus et Pontiques. On aperçoit, ci et là, quelques agriculteurs dans les champs de patates. Ce paysage semi-aride parsemé de collines provoque chez moi le premier vrai sentiment d'éloignement. Au cas où on douterait de sa position géographique, les alentours sont là pour rappeler que la porte de l'Europe est derrière soi et que l'Asie est prête à vous accueillir. J'avoue qu'il ne faut pas être d'humeur maussade lorsque l'on traverse ce type de contrée, car il n'y a rien de tel pour amplifier un spleen latent. Heureusement pour moi, j'avais encore les bons moments passés à Izmir dans les yeux et fus accueilli chez Dilde à Ankara avec un petit-déjeuner royal. Le soir, on est sorti avec elle est ses amis Izel, Ozan, Serdar (tous étudiants en médecine) et Mostafa, un Iranien prof d'anglais venu travailler dans la capitale turque. Des vrais bons moments passés avec les membres de cette incroyable communauté qu'est Couchsurfing. En voici un court extrait: conseil sur les lieux à visiter en Iran avec Mosatafa, partie de basket avec Izel au gymnase de l'université d'Ankara, Serdar qui nous invite à manger chez lui.
Je suis aussi aller jusqu'au château de la ville afin d'avoir une vue panoramique de cette dernière. Des immeubles encerclent le château, au loin on aperçoit les collines semi-arides. Il règne une drôle d'atmosphère dans la capitale turque. Plus de six millions d'habitants mais très peu de bruit, aussi bien dans la rue que le métro. Comme si elle se trouvait suspendue dans l'espace et le temps. Le fait qu'il y ait une dizaine de jours de congé pour célébrer bayram y est aussi sans doute pour quelque chose. Bayram ou l'aïd en arabe est une fête qui célèbre le sacrifice d'Abraham et coïncide avec le pélerinage à la Mecque, cinquième pilier de l'islam. La tradition veut que l'on sacrifie un mouton à cette fête et que l'on partage le repas avec les membres de sa famille. Une bonne bouffe familiale où le mouton prend la place de la dinde de Thanksgiving ou encore celle du cochon de notre Saint-Martin. En revanche, pas certain qu'ici la Damassine coule à flot.
Après deux jours passés à Ankara, j'ai pris le bus pour Ürgüp en Cappadoce. Appel à la prière dans le terminal avant d'embarquer, cinq heures de voyage qui passent vite malgré le paysage qui ne change pas et exerce un pouvoir presque hypnotique. Au milieu du trajet, un arrêt aux abords d'un lac salé (Tuz Gölü) à moitié assèché. Le changement d'échelle déjà entr'aperçu sur la route d'Ankara est à nouveau ressenti et ces teintes oscillant entre le cuivre et le bronze sont dès lors omniprésentes. On passe Aksaray, le mont Hasan qui culmine à 3223 mètres pointe le bout de son nez et quelques minutes plus tard le bus arrive à Ürgüp, Cappadoce. Ici j'ai trouvé hébergement chez Sergeï, un Urkainien à l'histoire touchante. Il a dû fuir son pays à cause de la guerre et aujourd'hui il est comme bloqué en Turquie. Il avait un très bon travail dans son pays, mais comme il n'a pas voulu devenir de la chaire à canon, il ne peut y retourner. Son seul souhait est de pouvoir avoir une autre nationalité qui lui permette de travailler et de vivre normalement car il ne veut pas faire de travail au noir ni être un réfugié. Ou quand la bonne volonté fait face aux caprices de quelques dirigeants en manque de conquêtes.
Premier matin en Cappadoce, debout à quatre heures et demie pour aller voir le ballet des montgolfières au lever du soleil. Je descends ensuite la vallée rose, remonte celle des pigeons, vais jusqu'au sommet du château qui trône au dessus d'Uçhisar. Alors que je m'apprête à faire du stop pour retourner à Ürgüp, j'aperçois un van VW aux plaques valaisannes. Je me frotte les yeux, me pince, mais non je ne rêve pas. Marie a bel et bien parcouru tous ces kilomètres entre Bruson et l'Anatolie centrale! Très belle rencontre, avec en prime celle de Robin un jeune français lui aussi en voyage.
Je suis aussi allé jusqu'à la cité souterraine de Mazı en auto-stop. Deux voitures pour y aller; une voiture, une moto au retour et le regard qui se perd entre rêve et réalité sur les canyons, les cheminées des fées et les autres plaines faites de résidus volcaniques. Paysage aux caractéristiques si singulières. Dimanche matin, j'ai trouvé grâce à Sergeï une place dans une montgolfière pour prendre de l'altitude et voir d'en haut tout ce que j'avais jusqu'alors admiré d'en bas. Même si la nuit fut courte, la faute au vin de Cappadoce et surtout au réveil à quatre heures et quart cette fois, j'en ai pris plein les yeux. Tel un gamin au pied du sapin le jour de Noël, le sourire collé aux lèvres pendant tout le vol. À l'heure où j'écris ces lignes, soit dimanche après-midi, je me demande encore si mes sens ne m'ont pas joué des tours et m'ont emmené dans un monde parallèle. Cette nuit, nous irons voir l'éclipse de lune rouge avec Marie, Ludmila, Stanislas et Sergeï. Lundi soir, je prendrai le bus pour Trabzon où j'espère obtenir mon visa pour l'Iran puis attendrai Jérémie qui passe par-là.
jeudi 17 septembre 2015
Izmir, encore!
Je suis arrivé à Selçuk chez Yağmur (Couchsurfing), le jour de mon anniversaire. Je me dis que cela va être bizarre de le passer loin de chez moi, comme il y a cinq ans au Pérou. Or, cette fois j'ose le mentionner et je crois que ce n'était pas une mauvaise idée. Chez Yağmur, il y avait aussi Oliver un Couchsurfeur allemand. Comme il voulait lui aussi voir le coucher de soleil au sein même de l'ancienne cité d'Efes, nous y sommes allés juste après avoir déposé nos bagages. On a pris quelques clichés, palabré sur les voyages et même pris le temps de boire une Efes à Efes ;-) ! A notre retour, Yagmur avait concocté un bon repas typiquement turc puis nous sommes sortis faire un tour au centre. Quelle ne fut pas ma surprise lorsqu'en pleine partie de tavla (backgammon) un gâteau d'anniversaire est arrivé sur la table! Je souffle les bougies, pense aux miens, fais un vœu et me dis que je suis sacrément bien reçu à Selçuk.
Le lendemain fut une journée bien remplie. On se lève tôt pour aller revoir Efes avec les lumières du matin et surtout avec presque aucune autre personne à l'intérieur du site. Bien nous en a pris, car trois heures plus tard, j'avais l'impression de me retrouver à nouveau en plein Dubrovnik quelques semaines plus tôt. On a l'idée un peu saugrenue d'aller voir le jour même le coucher de soleil à Pamukkale. On saute dans un bus qui traverse quelques petits cols puis traverse une vallée, on entre les derniers sur le site, on fait quelques photos de la colline qui est comme recouverte d'ayran glacé, on apprécie le calme de la nuit et si les gardes ne nous avaient pas fait sortir, on aurait vraisemblement passé la nuit sur place. Finalement, on va manger et dormir un peu. À peine cinq heures plus tard, on entre à nouveau dans le parc, par une voie un peu moins officielle pour admirer le ciel passer du noir, au bleu, au rouge, au jaune, au doré et enfin voir le soleil pointer le bout de son nez. Tout se déroule à merveille jusqu'au moment où un garde arrive d'un pas décidé vers nous. En toute franchise, je ne faisais pas le malin et me demandais à quelle sauce on allait être mangé. En fin de compte, on a simplement dû payer une entrée, le problème étant plutôt du côté des gardes (ils ne comprenaient pas comment on avait réussi à se faufiler sans être vus) que du nôtre. On est ensuite retourné se balader dans le parc et sommes revenus en bus à Selçuk. Beaucoup de kilomètres en peu de temps, peu d'heures de sommeil mais surtout une belle dose d'adrénaline sans oublier la beauté de Pamukkale.
Par la suite, je suis remonté au nord vers Izmir où j'ai séjourné chez Caner (encore et toujours Couchsurfing). Comme il était parti à la plage avec sa copine, c'est son grand-papa de 85 ans qui m'a accueilli. Et quel accueil, il me raconte sa passionnante vie et m'offre un concert privé de mandoline avec chant à l'appui. Caner arrive chez lui, me propose de boire du Rakı en mangeant des mezzes le tout en écoutant, évidemment, de la musique turque. Même si je suis bien fatigué, je tiens le coup jusque vers deux heures du matin.
Je suis resté trois jours à Izmir, le temps de découvrir quelques facettes de cette métropole de presque trois millions d'habitants, de constater encore une fois le sens de l'accueil et la gentillesse des Turcs, de boire encore et toujours du bon café et du bon thé, déambuler dans les méandres du bazar, retourner au hamam et faire aussi quelques photos.
Dimanche passé, je suis reparti d'Izmir direction le Sud plus précisément Fethiye. Après quelques 5-6 heures de bus à sillonner entre les montagnes, on aperçoit aux alentours d'Akyaka la mer Égée qui vient faire une première incursion dans le paysage. Une fois arrivé à Fethiye, je vais me dégourdir un peu les jambes, vais piquer une tête dans l'eau, englouti un bon repas et vais dormir.
Le lendemain, après avoir avalé un délicieux petit-déjeuner turc (œuf dur, tomates, concombres, fromage blanc et olives), je pars pour une journée d'excursion en bateau. On passe prendre quelques autres touristes à Öludeniz, sorte de Magaluf turc (merci Hugues pour la comparaison) où les quarantenaires britanniques peuvent boire leurs bières et regarder leurs matchs de foot mais avec les coups de soleil en plus, puis montons dans le bateau. Par chance, il n'est pas bondé et le capitaine n'a pas eu la fausse bonne idée de mettre de la musique pop internationale comme fond sonore. C'est donc dans le calme que l'on profite du cadre splendide.
Néanmoins, je me suis posé la question durant la journée et me la pose encore, de la pertinence de participer à de tels tours organisés. D'un côté il est difficile d'accéder à ces lieux par ces propres moyens et d'un autre on est limité dans le temps de découverte: vingt minutes ici, une heure là... ou le tourisme façon fast-food. De plus, on ne doit penser à rien ce qui est vraiment génial ou terriblement triste selon le point de vue que l'on choisit. Bon cela reste des problèmes de riches, je ne vais pas plus épiloguer là-dessus.
Une chose est certaine, cela fait du bien de voyager en bateau, on se laisse bercer par la houle, le regard se perd sur l'horizon azur sans fin, on s'ennuie un peu, les idées viennent, repartent, on planifie un peu la suite aussi. J'ai terminé la journée en sortant du bateau avant la fin du tour, afin de revenir à Fethiye via Kayakoy en empruntant à pied une partie de la voie lycienne. Trois heures de marche exactement ce qu'il faut pour ouvrir l'appétit!
Hier, je me suis rendu à Seklılkent en Dolmuş (minibus faisant office de transport en commun). N'ayant cette fois pas de contrainte horaire, j'ai pu me balader à ma guise dans ces gorges ô combien magnifiques et ce sont une paroi un peu trop glissante et des qualités moyennes en escalade qui m'ont empêchées d'aller au bout du canyon. Poisson grillé frais du marché pour clôturer la journée.
Vu que j'ai le luxe et le privilège de ne pas avoir de route tracée à l'avance, j'ai décidé de revenir pour quelques jours à Izmir, ville que j'ai appréciée. J'ai envie de la parcourir à nouveau sans appareil photos, m'imprégner encore des couleurs, senteurs locales. Besoin également de laisser mon cerveau digérer les sensations qu'il a éprouvées pendant ces neufs premières semaines de voyage, pour qu'il ne sature pas et ainsi puisse continuer à s'émerveiller des lieux que je vais découvrir.
Il semblerait aussi qu'il soit possible de rejoindre Ankara depuis Izmir par voie ferroviaire. Voilà quelques éléments, qui expliquent pourquoi j'écris ces lignes depuis le bus entre Fethiye et Izmir.
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