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lundi 9 novembre 2015

Persepolis 1 - Esteghlal 1

En arrivant en Iran, j'avais en tête l'idée d'aller voir le match de football entre les deux clubs phare de la capitale, à savoir, Persepolis et Esteghlal. Alors lorsqu'Ali m'a dit que le fameux derby aurait lieu à peine une semaine après mon arrivée à Terhân, j'ai cherché un moyen de me procurer un billet. Vu que sur Internet il faut donner son numéro de carte d'identité iranien, je suis allé au stade sans laisser-passer et bien m'en a pris, car pour à peine 3-4 francs j'ai pu assister à la partie. Le spectacle qui m'intéressait le plus, sans vouloir discréditer le niveau du football iranien, était dans les gradins. Là, jeunes et moins jeunes sont bien plus passionnés que pour Mouharram. J'ai reparlé de cet événement religieux avec quelques locaux et il semblerait qu'à Terhân on profite de l'occasion pour pouvoir sortir, côtoyer des personnes du sexe opposé, échanger numéro de téléphone, contact Facebook ou Instagram sans que la police ne vienne perturber ces jeux de séduction normalement prohibés dans l'espace public.



Retour au stade Azadi, plein comme un œuf pour l'occasion: d'un côté les rouges de Persepolis de l'autre les bleus d'Esteghlal. Des chants incessants pendant les nonante minutes, des vendeurs de thé, de cigarettes, de graines de sésame, des encouragements mais aussi pas mal d'insultes envers l'arbitre, les adversaires et aussi quelques engueulades entre supporters du même camp. Un match de football en Iran mais dont on aurait pu imaginer qu'il se déroule ailleurs dans le monde en changeant quelques détails: alcool autorisé, choripan, un brin de folie en plus et on est de retour au pays des Gauchos. Ou encore: on garde les mêmes couleurs, on enlève 89'000 spectateurs sur les 90'000 présents, on change le farsi pour quelques mots de patois aidjôlat et nous voilà au stade du Tirage pour un bon vieux FC Alle-FC Porrentruy. 

Je quitte la capitale iranienne en bus. A peine sorti de la zone urbaine et l'on retrouve un paysage semi-désertique dont on avait presque oublié l'existence. Durant le trajet, une grand-maman passe son temps à me donner à manger: pistaches, cornichons et j'en passe. Je passe une nuit à Qom, chez Kamran ou plutôt dans son dortoir de l'université en compagnie de ses colocataires: deux Afghans, un Irakien et un Pakistanais. On parle famille, religion, voyage, salaire... Le Pakistanais m'assure qu'il est possible d'aller en bateau jusqu'à Karachi puis de faire de même jusqu'en Inde. Mes yeux s'écarquillent et je me retrouve presque devant un choix. Dois-je pousser vers l'Est, continuer ma route par voie maritime puis terrestre afin de poursuivre mon périple jusqu'en Asie du Sud-Est; ou alors de prendre mon temps en Iran et ensuite prendre un vol pour rejoindre la Thaïlande où j'ai pris rendez-vous avec une bonne équipe pour Nouvel-An? Bon je disserte peut-être pour rien car je n'ai pas encore renouvelé mon visa, donc une chose après l'autre. 

Sur la route entre Qom et Kashan le paysage fait grise mine. Il pleut dans le désert! À main gauche, quelques collines plissées. À main droite, c'est plat et l'horizon prend fin uniquement parce que la grisaille sature l'atmosphère. On quitte Kashan avec la même couleur "asphalte d'autoroute" agrémentée d'un air froid qui ne daigne pas s'en aller, l'hiver arrive en Perse. Après une heure de route on amorce la montée vers Esfahan, le soleil perce furtivement les nuages, finalement il gagne la partie et les montagnes mornes regagnent en splendeur. On arrêterait volontiers le bus simplement pour les contempler une heure ou deux un verre de thé à la main. L'échelle du paysage est tellement grande que l'on  a l'impression d'avancer au ralenti, le concept de vastitude surhumaine évoquée Annemarie Schwarzenbach est en adéquation totale avec ce lieu. 

Un long bout droit d'autoroute mène vers la ville que les Safavides avaient baptisée la moitié du Monde. Je sors du bus, prends un taxi qui joue de quelques ruses pour contourner les embouteillages, pose mes affaires chez Ahmad, puis part directement pour Naqsh-e Djâhan, la place royale d'Esfahan. En quelques mètres on est transporté hors des embouteillages et du chaos de la ville et cela fait vraiment du bien. Les tonalités de bleu du ciel et des façades des mosquées ou des palais de la place se marient à merveille et l'on a l'impression de se trouver dans une autre dimension tant le contraste avec le reste de la ville est saisissant.

Le soir même mon hôte, Ahmad, fête ses trente ans. J'en profite pour aller faire un tour du côté arménien afin d'acheter de quoi marquer coup. Première gorgée au chaud chez Ahmad et la dernière en grelottant au bord de la rivière assèchée.

Retour à Terhân, en train et de nuit cette  fois. À la gare ferroviaire d'Esfahan, discussion avec une bande de collégiens: fraîcheur, spontanéité, questions à tout va, me rappellent que même si je suis en mode voyage, le beau métier d'enseignement m'attend en Suisse. Huit heures de train plus tard, retour dans le smog tehrani. Je revois quelques amis, me rends compte surtout que cette ville est un monstre, qu'elle fatigue énormément de part les distances à couvrir et le nombre incalculable de voitures au mètre carré. De plus il fait gris, froid et il pleut c'est le moment de retourner un peu plus au sud.

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