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dimanche 20 mars 2016

D'un hémisphère à l'autre


Kuala Lumpur et son centre très moderne. Des banques, de l'argent, du luxe. Fruit du hasard sûrement, des publicités pour des marques suisses qui deviennent plus visibles. Un centre dernier cri certes, mais ô combien aseptisé. Espaces artificiels pour les oiseaux tropicaux, mosquée nationale qui semble droit sortie d'un film futuriste, nombre de costards cravates qui rivalise avec celui des femmes voilées. On est ni à Dubaï, pas encore à Singapour mais c'est du même acabit.
Première grosse pluie tropicale, la rue se transforme en piscine géante en l'espace de dix minutes.
Lors de la visite d'un temple hindou, rencontré des touristes iraniens qui n'oublient pas d'emporter leur sympathie et leur spontanéité en voyage et puis on profite de l'occasion d'écouter à nouveau la douce mélodie du farsi. 







La route jusqu'à Malacca se résume à une autoroute à trois voies dans chaque sens. Pas grand chose à se mettre sous la pupille. À défaut d'être intéressant, le trajet est court depuis KL.
Avant de connaître son indépendance, la Malaisie a vu se succéder Portugais, Hollandais, Britanniques et Japonais. Plusieurs vestiges témoignent d'ailleurs de la présence des différentes puissances ayant occupé la place et au musée d'histoire on peut admirer les fresques retraçant les batailles, conquêtes ayant eu lieu dans cette ville portuaire.










Deux heures de bateau pour traverser le détroit de Malacca et arriver à Dumai. La première impression perçue sur l'île de Sumatra est que l'on croit avoir fait un bond de vingt ans en arrière. Les geckos sur les murs sont les mêmes, mais ces derniers se sont bien décrépis. Un type à la frontière vient me parler, au début il m'aide et puis me conduira en scooter  jusqu'à un bus partant pour Bandar Lampung. Je n'ajoute pas que le prix de la course a sans aucun doute été mis à niveau "touriste". Le bus doit partir à une heure et demie... À trois heures moins le quart,  rien n'a encore bougé, personne ne s'énerve. On laisse le temps s'écouler sans trop y prêter attention. On se dit alors que l'on est sur une île et que chaque île a son faux rythme. Le fait d'être quasiment sous l'équateur avec chaleur et humidité extrêmes n'augmente en aucun cas le niveau de stress des gens. Dans le bus, musique pop indonésienne à faire exploser les tympans, clip vidéo en prime. Le rythme de cette drôle de musique est tropical, mais avec une touche orientale, comme une fusion de mauvaise cumbia avec des notes évoquant vaguement les bazars du Maghreb.
Le voyage en bus est long, quarante-huit heures pour atteindre le bout de l’île et prendre le ferry jusqu’à Java. La route devant subir maintes pluies durant l’année, aussi sûrement quelques mouvements de terrain, on est pas mal secoué à l’intérieur du bus.  On serpente au milieu de cette forêt dense, avec l’impression de traverser un énorme tunnel vert fait d’arbres. Le sol sur lequel ces arbres ont pris racines est d’un ocre intense et son épaisseur impressionnante. Pour rester éveiller le chauffeur tire cigarette sur cigarette, deux ou trois paquets pour l’ensemble du trajet sûrement. Après une nuit de bus, on doit déjà être au-delà de l'équateur.Pause petit-déjeuner, le jour se lève, le ciel est gris, il pleut. Il pleut beaucoup. Le bus repart et la plupart des passagers se rendorment, il n'y a que le touriste que je suis qui regarde à l'extérieur avec un peu plus d’attention. L'esprit se laisse bercer par l’exotisme des alentours. On se dit que chaque arbre sur cette route est comme un regard croisé sur le chemin parcouru jusqu’ici: les Balkans, la Turquie, l’Iran et l’Asie du Sud-Est. Parfois, un musicien monte dans le bus, histoire de faire sonner son ukulélé  et de fredonner  plus ou moins harmonieusement. Alors qu’un de ces troubadours tropicaux pousse la chansonnette, un gros caillou vient briser une vitre arrière, la réduisant en morceaux et interrompant aussitôt le concerto de cet Assurancetourix local. Personne ne bronche plus que cela. On continue et lors du prochain arrêt casse-croûte, l'équipe du bus déniche une grosse plaque de bois, prend des mesures, la découpe, la fixe au cadre et on repart.
Après plus de vingt-quatre heures de trajet, on a l’étrange impression de ne pas avancer. Le paysage étant tel une bande défilant autour du bus et ne cessant de se répéter. Peu de mots échangés lors des arrêts et à chaque nouveau départ,  ce même rituel de qui rentrera en dernier dans le bus, histoire de pouvoir tirer un peu plus longtemps sur sa cigarette.
En s'approchant de Bandar Lampung le paysage se dégage. Au bord de la route, on voit une boulangerie hollandaise qui rappelle la présence des Bataves dans cette partie du monde. Arrivé au port de Bakauheni après un peu plus de deux jours de bus, pauses "thé-café-manger-pipi" incluses, le bus embarque sur le ferry. Une heure et demie plus tard, on accoste sur l'île de Java. Encore quatre heures de trajet jusqu’à Jakarta, prendre une douche, s’affaler sur son lit et se dire, sourire au coin des lèvres, que l’on vient de traverser l’équateur par voie terrestre.





Jakarta est un monstre, deuxième plus grande agglomération au monde, plus de trente millions d’habitants. Là encore, on a l’impression d’avoir voyagé dans le temps tant la vitrine que l’on veut nous montrer est ultramoderne. Gratte-ciels, mall centers, pub pour Starbucks, Ikea, Burger King, KFC, autoroute à quatre voies, panneaux routiers et publicitaires en anglais. Pour peu, on croirait arriver dans une métropole états-unienne. Après deux jours passés dans cette fourmilière géante, départ pour Bandung. L’île Java étant extrêmement bien connectée au niveau ferroviaire, il est aisé de la traversée en train tout en se délectant de magnifiques paysages sans avoir à endurer les désagréments des embouteillages. Au départ de Jakarta pour Bandung, l’annonce se fait en indonésien et en anglais, histoire de donner un petit point de repère aux touristes. Le convoi gagne en altitude et on aperçoit quelques collines ci et là, des petits villages cachés dans la forêt aussi. A peine le temps de s’émerveiller que l’on arrive déjà à destination. Bandung n'a pas le côté moderne de Jakarta. Plutôt un aspect de lessivage perpétuel dû aux pluies. On construit beaucoup certes, mais cela semble ardu de faire durer.  












Après trois jours à se faufiler entre les gouttes de pluies, direction Jogjakarta. Lors du trajet, on constate encore une fois que chaque centimètre carré cultivable est transformé en rizière. Même si elles sont omiprésentes le long du trajet, mon voisin m’assure qu’elles ne suffisent pas à alimenter les presque deux cents soixante millions d'Indonésiens (on est loin des quatre-vingts millions de Dutronc) si bien que le pays doit en importer depuis le Viêt Nam ou encore la Thaïlande. 





 

Comme si le paysage intertropical n'était déjà pas assez riche et varié, l'île de Java est plus que fournie en volcans. Lorsque les nuages disparaissent, les couchés de soleil peuvent atteindre une splendeur artistique digne des plus grandes galeries d’art du Vieux Continent. Le dernier stop à Java sera Banyuwangi, le volcan Kawa Inje étant à côté de la ville, on en profite pour aller jusqu’au cratère où le décor lunaire ferait presque oublier sous quelle latitude il se trouve. 



Encore un ferry pour rejoindre Bali. En y arrivant, une énorme statue de Shiva vient rappeller que la majorité de la population est hindoue sur l'île. Même attente qu’à Dumai avant de prendre le bus direction Denpasar. Une courte nuit de sommeil et puis être l’heure pour le rendez-vous fixé il y a quelques semaines. Se rendre aussi compte que l’on a mis le turbo pour y être à temps, mais il y a des rendez-vous qui ne se manquent pas. A Bali, farniente, quelques tentatives de surf et puis sûrement aussi aller encore un peu plus à l’est.