Dans la ville des anges, grande ville, résidence du Bouddha d'émeraude, ville imprenable du dieu Indra, grande capitale du monde ciselée de neuf pierres précieuses, ville heureuse, généreuse dans l'énorme Palais Royal pareil à la demeure céleste, règne du dieu réincarné, ville dédiée à Indra et construite par Vishnukarn ou plus simplement dit Bangkok, les journées s’écoulent gentiment dans la moiteur et l'extrême chaleur ambiantes. On est à la recherche des petites habitudes dont le voyage nous a dépouillé. Même si cela peut paraître futile et paradoxal, elles deviennent nécessaires pour passer au chapitre suivant. Dès lors le montage de vidéos, la lecture et l'activité physique sont de précieux partenaires de route. On n’oublie pas non plus de profiter encore un peu des excellents mets thaïs avant de goûter à nouveau à la non moins délicieuse gastronomie brésilienne.
Quelques impressions saisies au vol: au retour du Viêt Nam, voir des quinquas occidentaux prendre par la main une jeune et jolie thaïlandaise, scène se répétant inexorablement et incarnation de l’amour dans son état le plus noble; début mai, les touristes étant venus passés leurs vacances en quête d’un peu de chaleur repartiront cuits comme des crevettes; lors d’une rencontre couchsurfing, entendre un français "expat" donner des conseils à ses compatriotes fraîchement arrivés sur les manières de profiter des plaisirs prohibés en Gaule et qui se monnayent ici à moindre prix; promenade dominical au parc Lumphini où promeneurs, familles se prélassant dans l’herbe et varans cohabitent paisiblement; des hôtels d'offrandes présents au pied des gratte-ciels et autres centres commerciaux; remonter le fleuve Chao Phraya presque à sec (on voit concrètement les effets du phénomène "El Niño"); dans les files d'attente du métro, on suit les règles, on baisse la tête, on fait la queue et surtout on regarde son smartphone (je pianote ces quelques mots sur le mien et l'absurde est porté à son comble), plus besoin de se parler, ni de penser, on le fait pour vous et il suffit de mettre son habit de travail y faire ce que l'on nous dit d'y faire pour que son existence soit réussie… La croyance dans la réincarnation pour les bouddhistes explique peut-être un peu cette impression résignation morose qui se lit sur les visages dans le skytrain aux heures de pointe. Ou simplement est-ce mon esprit qui fabule et que cela est propre aux métropoles. A titre de comparaison, il ne doit y avoir guère plus de sourires ou d'échanges dans les rames du RER francilien.
Chanteurs et joueurs de ukulélé qui égayent les trajets de bus en Indonésie
Trop de piment dans la soupe en Thailande
Longyi et pagodes au Myanmar
Deux tours jumelles en Malaisie
Des phở au Viêt-Nam
Des temples au Cambodge
Quelques détroits
Une zénitude à toute épreuve, du riz pas mal aussi
Sud-est asiatique, merci!
D'Istanbul à Denpasar le trafic aura été aussi incessant qu'incensé, les papilles gustatives mises en éveil jusqu'aux larmes, l'esprit parfois troublé lors de soirées de mousson conviviales et cette forte et persistante impression de continuum humain, malgré les différences réelles ou médiatico-fanstasmées. Le chapitre asiatique se referme pour l'instant, direction le Vieux Continent puis le Nouveau avec pour moteurs essentiels la famille et l'amitié.
Vol Bangkok-Londres: on passe au-dessus de contrées encore vierges à nos yeux et qu'il faudra aussi un jour défricher... Arrivé à Heathrow, le sentiment d'être étranger chez soi en quelque sorte, combien de temps pour que cela disparaisse? L'altérité étant ici déterminée par le statut (voyageur-touriste de longue durée face à des personnes qui voyagent sûrement pour le travail) et aussi l'habillement: costard-cravatte contre le bon vieux short usé jusqu'à la corde et le t-shirt cent fois recousu mais dans lesquels il fait bon voyager.
Retour l'espace d'un week-end "à la maison" pour souffler les huit bougies de Thylane et passer un peu de temps en famille de part et autre du Doubs. Avec l’ami Fred, on se hasarde jusqu'à la fête de Fontenais, pour être certains qu'il y a des choses qui ne changeront, à notre plus grand plaisir, sans doute jamais. Quelques brèves heures de sommeil, un froid de canard pour aller à l’aéroport, une demi journée de voyage, un sourire complice avec le steward brésilien lorsque l'avion se pose et un regard suspicieux de l'agent de douane à la vue du passeport abondamment rempli de visas et d'estampes. Après un bref échange, celle du Brésil y est finalement apposée.
Rio, depuis la vitre arrière du taxi menant à l’hostel, les noms légendaires de Copacabana, Ipanema ou encore Maracana défilent. À leur vue, on sait que l'on est en terre sud-américaine, mais c'est allé (trop) vite pour que l'on en prenne vraiment conscience. Les dix heures de décalage horaire en quatre jours et les vingt-quatre heures de vol cumulées n’aidant pas énormément. Beaucoup de variations en peu de temps certes, mais qui ne sauraient empêcher les zygomatiques de se contracter avec force. On s’endort paisiblement en terre carioca, réveil sous un fin crachin. Dans le hall d’attente de l’aéroport, l’oeil ne peut s’empêcher d’être distrait par les courbes de la gente féminine brésilienne qui ne font que refléter la topographie des environs de la baie de Guanabara. Deux petites heures de vol plus tard voilà Goiânia où résident Rafael o irmão do coração, sa femme Renata et son fils Felipe qui est la très bonne excuse de cette escapade brésilienne.