Deux semaines sans faire son sac à dos, apprécier de se réveiller au même endroit chaque matin, courir jusqu’à la plage de Batu Bolong, saluer les beachboys, prendre une planche sous le bras, pagayer, s’arrêter, laisser la nature parler et regarder le soleil se lever sur les volcans en étant bercer par la houle. Le tableau, déjà majestueux, prend une teinte mystique lorsque l'on voit une foule de pèlerins, de blanc vêtus, venus sur la plage déposer des offrandes et prier au temple, le tout accompagné de musique traditionnelle.
Certains matins, c'est une grosse vague qui vient vous happer et on fait alors un passage dans la machine à laver océanique, réveil immédiat assuré. Quand l'énergie est à plat, retour sur la terre ferme. A l’auberge, on retrouve les propriétaires qui confectionnent inlassablement des petits paniers en feuille de bananiers pour les offrandes quotidiennes, passage sous la douche histoire de se « désensabler » et puis un petit-déjeuner copieux: nasi kuning (riz jaune), café et jus de fruits frais. Ensuite, on profite de la douce ambiance de Canggu pour lire, revoir les photos et vidéos prises jusqu'ici refaire le monde avec les autres habitués du café du coin en étoffant un peu ses connaissances dans la langue de Shakespeare.
Niveau surf, le début est laborieux, on se fait remettre en place à juste titre par un Australien lorsqu’on lui coupe la route manquant de peu de lui rentrer dedans. Son « you don’t know what you are doing here, you should take a lesson » aura eu le mérite de me pousser à prendre un nouveau cours, entreprise bénéfique aussi bien pour ma sécurité que celle des autres.
On fait des rencontres vraiment sympathiques, Jason le géant batave et Florian le banquier belge. Les trois, on passe quelques bonnes soirées entre les Dirty Wednesday au bar Old Man’s et les concerts de rock dominicaux à Deus Ex Machina. Lors de ces soirées, on ne peut s’empêcher de porter un regard un peu désabusé sur la tournure qu’elles prennent et on se dit que l’on est pas vraiment parti pour vivre cela trop souvent.
Les deux semaines passent plus vite que l'on ne l'escomptait et comme présumé auparavant, on comprend aisément pourquoi certains n'arrivent pas à quitter cette île. De mon côté, Bali c'est fini!
Le mois de voyage terrestre nécessaire pour atteindre Bali depuis Bangkok est avalé en un peu plus de quatre heures de vol. Quatre heures de vol, un Zurich-Le Caire, qui font prendre conscience de l’immensité de cette partie du monde. Immensité qui finalement transparaît peu sur les cartes qui ornent les classes de géographie. Quatre heures qui font aussi prendre conscience que de voyager à l’intérieur des terres est le plus grand luxe que l’on s’est octroyé. On se retrouve à nouveau dans la capitale de l’ancien royaume du Siam durant la période la plus chaude de l’année. Résultat, c’est trois ou quatre douches par jour au minimum, trois litres d’eau à ingurgiter si l’on ne veut pas finir aussi secs que les piments du marché du coin. On y apprécie l’espace de deux soirées la frénésie nocturne et ses déviances de plus au moins bon goût. Entre un pad thai et une soupe tom yum, on reste éberlué devant les capacités anatomiques de certains oiseaux de nuit locaux et on se demande si les cours d’anatomie dispensés à l’université allaient vraiment au fond des choses.
Alors que l’on ne pensait pas se retrouver au Viêt Nam, voilà que l’on débarque à Ho Chi Minh Ville. En se dirigeant vers le centre ville, drapeaux rouges étoilés ou estampillés « marteau-faucille » et affiches de propagande garnissent les rues et annoncent la couleur. Alors que la curiosité c’était un petit peu érodée, elle reprend de la consistance en voyant le spectacle offert à travers la fenêtre de la voiture. On avait entendu que le trafic était intense et ce n’était pas là un euphémisme. Quelle frénésie dans les rues saïgonnaises! Les scooters y pullulent et leur conducteur déguisé en stormtrooper directement sortis de Star Wars sont pittoresques. On profite d’une joyeuse équipe de Français et aussi des bons conseils d’une Saïgonnaise pure souche pour aller déguster de succulents mets viêtnamiens voire aussi la ville d’en haut en sirotant quelques cocktails depuis la cime des gratte-ciels. La visite de la ville va cependant au-delà des simples plaisirs gustatifs. On se rend au marché chinois où l’on trouve, en surabondance, tout et n’importe quoi. On croise au coin des rues pagodes, temples chinois, églises dont une aussi surprenante que splendide, tout de rose vêtue. La chaleur, comme à Bangkok, est à son paroxysme ce à quoi il faut ajouter un drôle de mélange de klaxons birmans couplés au traffic thaïlandais le tout étant mis à la puissance dix. Du coup, on se sent un peu moins coupable de faire quatre ou cinq pauses café par jour et dès lors on comprend mieux pourquoi les parcs se remplissent tôt le matin ou à la tombée de la nuit, tant le reste de la journée est hostile à toute activité. Les gens s’y rencontrent, font leur activité physique quotidienne: cours d’aérobic, danse latine, tai-chi, badminton, dacau (sorte de badminton se jouant avec les pieds). On se prend au jeu en s’essayant au dacau avec plus ou moins de réussite et en allant trotter tôt le matin. Après le jogging matinal, on retourne dans la petite ruelle Phạm Ngũ Lão, pour un bon phở bò (soupe au boeuf) accompagné d’un café vietnamien.
On ne saurait être dans l’ancienne Saïgon sans évoquer l’Histoire. Elle est plutôt originale voire sympathique lorsque l’on va manger dans le restaurant Phở Bình (la soupe de la paix). En effet, le patron des lieux avait une double vie. Alors qu’il vendait des nouilles au personnel des États-Unis, il était en même temps un révolutionnaire. Le premier étage de son échoppe servit de couverture au poste de commandement des Vietcongs et l’offensive du Têt, événement clé dans le conflit, y fut planifiée. Elle est plutôt lugubre et donne des aigreurs d’estomac lorsque l’on visite le musée de la guerre. Sans vouloir dépeindre cette guerre de manière manichéenne, il est difficile de ne pas éprouver un sentiment d’injustice quant aux souffrances endurées par la population. Les photos des victimes de l’agent orange ainsi que les foetus malformés conservés dans des bocaux remplis de formol rappellent que les armes chimiques utilisées durant cette guerre ont commis des atrocités qui retournent le ventre du visiteur et lui font se poser quelques questions. Après l’exposition témoignant du massacre de Srebrenica vue huit mois plus tôt, voilà que l’on est à nouveau confronté à ce que l’humanité produit de pire. On met aussi en résonance les conflits actuels, aussi bien ceux qui sont médiatisés que les autres et l’on vient à se demander si cela prendra un jour fin. Questions peut-être vaines, mais que l’on doit se poser même si l’on vient d’un pays neutre qui, entre autres, « ne fait que de vendre du matériel de rechange » pour des armes utilisées dans le conflit au Yémen. N’étant point politologue, encore moins journaliste, je dépasse sûrement ici mes compétences de simple voyageur, prière de ne m’en tenir rigueur.
L’escapade viêtnamienne étant terminée, énième retour à Bangkok avant de mettre le cap vers l’Ouest cette fois.
Bravo Julien et merci pour ce petit avant goût de Vietnam que j'aurai certainement l'occasion de visiter un jour ! Bizzz
RépondreSupprimerMerci Jérôme et oui, oui et re-oui, j'espère vivement que tu auras bientôt l'occasion de visiter un jour le Viêt Nam! Bisous
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