Translate

mardi 20 octobre 2015

Le plateau arménien

Départ d'Erzurum en minibus. Halya me dit encore une fois de faire attention, le voyage se passe bien.
La couleur des montagnes oscillent entre le vert militaire et le jaune moutarde, alors que le bus file droit dans une vallée. On aperçoit parfois un pont ferroviaire rouillé, un mince fleuve qui serpente aux abords de la route. 
On franchit un col, une poignée d'arbres aux couleurs automnales apparaissent. En descendant, la route noire zigzague au milieu de cette nature vide dont la quiétude est bousculée par quelques camions ou bus errant par là. C'est sec, rude et si unique que cela en devient beau par la force des choses. Sûr qu'ici, les hivers doivent être longs et glaciaux.

En arrivant à Doğubayazıt, quelque chose frappe l'attention. Dans les rues les couleurs et les noms des banderoles de propagande changent complètement. Alors que le parti pro-kurde était, par exemple, interdit à Erzurum, ici pas une trace du parti de l'actuel président.
En me baladant dans la rue principale, on m'interpelle, me demande d'où je viens et on m'offre...le thé pardi! De retour à l'hôtel il en va de même. Au moment de quitter la Turquie, il est vraiment agréable de sentir cet intérêt curieux, bien que parfois non-dénué de dessein mercantile, chez les habitants de ce pays. Dire aussi que la communauté turque des Couchsurfeurs peut être fière d'elle de par son hospitalité, sa bienveillance et sa spontanéité.

Teşekküler Türkiye!





Je profite du deuxième jour passé ici pour aller voir le palais d'Ishak Pasha aux abords de la ville. Montée à pied et descente en voiture avec des locaux qui m'épargnent de marcher sous la pluie.

Avant de prendre le bus pour la frontière, je prends un thé dans une gargote du coin. Il n'y a que des Kurdes, les infos passent, un chef d'état que je ne nommerai pas passe sur l'écran, les mines, déjà ravinées par l'âpreté du climat, se referment un peu plus...On verra bien ce qui se passera le premier novembre...

Le bus part, passe devant le mont Ararat, point culminant du plateau arménien. À l'approche de la frontière, on dépasse une grosse file de camions de dix ou quinze kilomètres, peut-être plus. Prenant leur mal en patience, les camionneurs palabrent paisiblement au bord de la route, certains improvisent des "selfies" avec l'Ararat comme arrière plan.
A la douane pas question de laisser un touriste faire la queue. Les contrôles se passent bien et se ponctuent par un "Welcome to Iran mister". Jeudi, 15.10.15, à 09.26 heure suisse, avec un énorme sourire de gosse aux lèvres, limite les larmes aux yeux, j'entre en Iran...

Je prends un taxi pour la gare de Maku, me fais sûrement un peu arnaquer. Mais bon, cela fait partie du rôle de touriste. 
On traverse Maku et ses dix kilomètres de longueur, ville coincée dans un étroit canyon. Le taxi me dépose à la gare des bus. Le bus descend un toboggan géant de deux cents kilomètres de long et sept cents mètres de dénivelé négatif. Tabriz apparaît, où je suis accueilli par Hossein. L'écriture change, la mélodie de la langue aussi. Car même si dans cette province de nombreuses personnes parlent l'azéri ou l'arménien, le farsi reste néanmoins la langue officielle. 
Mon arrivée en Iran coïncide avec le début de Mouharram, moment où les gens se rassemblent et défilent de noir vêtus en tapant sur des grosses caisses et en portant le deuil du troisième imam, Hossein mort en martyre à Kerbala il y a bien longtemps. Les tambours résonnent encore alors que je m'endors sur le sol iranien. 

Lendemain après une partie de volley-ball, départ pour Jolfa, ville proche de la frontière avec le Nakhitchevan et l'Armenie. Dans la voiture encore une heure de chants miséricordieux à la mémoire de l'imam Hossein (apparemment c'est parti pour dix jours de suite). On arrive au monastère de Saint-Stéphanos, où l'architecture est du même type qu'en Macédoine et me renvoie deux mois en arrière. J'en oublierais presque que je suis en Iran. On reprend la route et passons par des paysages d'une beauté rare. Montagnes rouges à la texture cartonnée, rivière couleur carmin et ciel d'un bleu aussi rare que pur. De part et d'autre de l'Araxe, il y a des miradors d'où des soldats iraniens et azéris surveillent leur frontière respective et pour qui le temps doit passer bien lentement.
Je paie mon guide à la fin de la journée, en ne comprenant pas grand chose au sytème de convertion entre rials-tomans-euros-francs suisses.  






Le lendemain, ballade dans le bazar vieux de mille ans avec Hossein. On achète un cadeau pour sa copine suisse. Le vendeur lui demande d'où je viens. Un Suisse ses yeux s'illuminent et me dit haut et fort "pays de la liberté", puis s'interroge du pourquoi il est né en Iran et non ailleurs. Hossein, en bon philosophe, à la réponse la plus sage et adéquate: pour changer les choses...
Bus de nuit entre Tabriz et Rasht, au réveil la Caspienne, du vert partout et lorsque le regard porte au nord, les cîmes enneigées de l'Alborz sont là.
Arrivée à Rasht chez Ladan et Pyruzan. Une journée à parler visa, voyage, on passe de la musique traditionnelle iranienne à Gainsbourg et Brel. Un splendide morceau de musique persane emplit le salon, je suis comme envoûté et alors que normalement elle emmène au loin mon esprit, cette fois je suis bel et bien au bon endroit.


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire