Je suis resté quelques jours chez Deniz. Mes journées commençaient par un bon footing, puis un gros petit-déjeuner: "simit" (pains en forme d'anneau), fruits acheter à la Migros (oui, oui!) et puis bien sûr café turc.
Comme je le disais dans le dernier article, j'ai pris le temps de flâner dans Istanbul. Parcourir une telle ville sans but réel, si ce n'est trouver un bon petit café ou un bon restaurant voilà une occupation des plus plaisantes! On tombe sur des ruelles sympathiques, des échoppes originales... Sur les enseignes et les panneaux publicitaires, il n'est pas rare de reconnaître parmi les inscriptions des mots en "français phonétiques", qui malgré les kilomètres, me renvoient pour quelques fractions de seconde chez moi. En voici une liste non-exhaustive: milföy, kuaför, şarküteri, frambuaz, dekorasyon, şampiyon, telesiyej et mon préféré aksesuar.
Après le quartier de Şişli (où habite Deniz), j'ai passé trois jours du côté asiatique, dans le quartier ô combien agréable de Kadıköy. J'y ai revu Natsumi, une amie du Japon rencontrée à Plovdiv, qui habite à Istanbul. Parlant le turc et connaissant bien la ville, elle m'a emmené dans un restaurant ouïghour (région turcophone de Chine), un bistrot spécialiste de dürüm (Dürümcü Hasan Usta, Sıraselviler cadessi 30). On a goûté au succulent "menemen" (sorte d'omelette avec oignons, tomates et poivrons), sommes allés jusqu'au sommet de la colline Eyüp au café Pierre Loti (l'écrivain-voyageur avait l'habitude de s'y rendre) pour voir la Corne d'Or s'embraser au couché du soleil.
Lorsque je tente un balbutiement quelconque en turc pour commander un thé ou règler l'addition, il est agréable de constater que les serveurs sont vraiment patients, m'aident à formuler les phrases, traduisent parfois quelques mots en anglais et quand il me manque quelques centimes de lire pour payer, la plupart du temps, ils sourient et font signe que c'est en ordre! Je pense vraiment qu'il y a des choses à (ap)prendre dans chaque pays que l'on traverse.
Je ne saurais parler d'Istanbul sans mentionner les personnes qui vivent dans ses rues ou ses parcs. Il n'y a pas que des adultes (ce qui est déjà choquant). Mais de voir de nombreux enfants mendier ou travailler provoque une émotion forte (semblable à celle que j'ai ressentie à la gare de Belgrade en traversant ce parc rempli de réfugiés). C'est certes moins "carte postale", mais c'est aussi cela Istanbul.
Revenons à du plus léger, soit le menu de ma dernière soirée à Istanbul : lahmacun, pide, ayran, café turc et une bonne shisha, voilà une bonne manière de dire "görüşürüz" (au revoir) à l'ancienne Constantinople.
...Petit verre de thé sur le ferry entre l'Europe et l'Asie
En fin de journée la Corne d'Or s'enflamme
Les épices qui chatouillent les narines
Istanbul...
Je suis arrivé à Bursa par voie maritime, deux heures de bateau sur la mer de Marmara. Je pensais aariver dans une petite ville, je vous laisse juger...
Un peu de galère pour trouver le bus puis le métro et enfin le minibus qui devaient m'amener à destination. Une fois de plus, j'ai été bien aidé par les gens du coin et j'ai finalement trouvé l'appartement d'Ibrahim, le Couchsurfeur chez qui je dors à Bursa. J'ai été naturellement accueilli avec un verre de thé. On est ensuite allé acheter quelques victuailles au marché, puis je lui ai donné un petit coup de main pour préparer le dîner: soupe (çorba), yoghourt avec concombre, poivrons farcis à la viande hachée et au riz (biber dolması). Son père, son frère et ses amis de travel, tous kurdes étaient également là pour partager le repas. Une soirée passée à les écouter (sans rien comprendre) refaire le monde, passer des moments de franches rigolades aux moments plus graves (il y a un conflit ouvert en ce moment au Kurdistan). Des moments précieux, qui valent toutes les Tours Eiffel, pyramides d'Egypte ou autres Sagrada Familia et qui donnent à elles seules l'envie de voyage. Son père et son frère, conducteurs de camion m'ont même proposé de m'emmener dans leur ville au sud-est du pays. La situation étant compliquée actuellement, j'ai gentiment décliné leur offre.
Le lendemain, je suis allé me balader au centre de Bursa, pris le thé au caravansérail (Kozahan), parcouru son bazar couvert et ses mosquées (la Verte et celle de Ulu). J'ai aussi pris un téléphérique qui conduit à Uludağ (grande montagne en turc). Avec un peu plus d'organisation j'aurais presque pu y aller à pied ou du moins en VTT! En montant, on voit de nombreuses familles qui pique-niquent dans la forêt (sans la Feld, le coup de Fendant ou de Pinot). Lorsque l'on arrive en haut des télécabines, on retrouve avec plaisir le calme de la montagne mais on tombe aussi sur un village de vacances pour le ski. Et là une drôle de sensation apparaît, c'est inattendu, étrange, presque irréel, à la fois neuf mais déjà suranné.
J'ai aussi été invité par un commerçant du coin à boire le thé (naturellement dans un but commercial). Lui aussi vient du Kurdistan et comme Ibrahim, il prend comme exemple la Suisse avec son système de quatre langues nationales (pour rappel, il n'y a pas d'enseignement en kurde alors qu'il y a environ 12 à 15 millions de kurdes en Turquie sur une population de d'environ 78 millions). À travers ces brefs échanges, on peut sentir que la communauté kurde considère que ses droits sont réprimés.
Lundi (07.09.15), j'ai pris un minibus depuis Bursa pour aller me balader dans Cumalıkızık, joli petit village classé au patrimoine mondial de l'UNESCO. Je rentre dans une maison typique, l'intérieur a l'air sympa, de la sauce tomate cuit sur le feu de bois, il y a un petit jardin où l'on peut s'asseoir dans sur des couvertures pour prendre le thé ou le café. Les dames qui tiennent le café sont d'abord un peu réticentes au fait que je prenne quelques photos mais après quelques minutes d'apprivoisement mutuel, la glace est brisée et je passe quelques minutes à tenter une conversation avec elles. Elles rigolent bien et m'apprennent comment dire professeur en turc: öğretmen.
J'écris ces lignes sur la route entre Bursa et Izmir, ma prochaine halte. Il est curieux de constater lorsque l'on fait un arrêt sur une aire d'autoroute que l'on peut y trouver une mosquée ou encore un barbier.
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