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samedi 2 juillet 2016

Et ensuite?


Goiânia, accueil royal chez Rafael, refaire le monde en "portuñol", d'un œil bienveillant voir les heureux changements qu'engendrent la venue de Felipe en se disant que c'est aussi un voyage merveilleux que de fonder une famille. On part le temps d'un week-end pour la Chapada dos Veadeiros, un splendide parc naturel situé au nord de Brasilía. Le changement est radical. Après le dense fourmillement du sud-est asiatique, place aux grandes étendues du centre brésilien où la densité de population tend vers zéro.  Ce n'est pas encore les champs de soja de plus de deux cents kilomètres de longs, mais on ressent l'immensité du continent américain. Journée du samedi passée entre deux cachoeiras, dix kilomètres de randonnée, excellent risotto puis soirée de forro où l'on tente maladroitement quelques pas de danse.  Sur la route du retour, on fait un crochet par Brasilia, histoire de revoir ce projet utopique qui pour une fois a pris forme et où Marcia nous accueille chaleureusement entre deux diatribes contre l’(ex?)-présidente Roussef. 






Après l’ambiance plutôt artificielle des beaux quartiers de Goiânia, où la tenue vestimentaire de la gente féminine se calque sur le modèle « Desperate Housewifes/Beverly Hills » le tout parsemé de démesure anatomique (au naturel comme au "chirugiquement-esthétisé") propre au Brésil, on arrive à Belo Horizonte. Ambiance  plus bohème, plus agréable aussi. Sur une terrasse du centre, impression étrange de se retrouver au Prater ou à la Kulturbrauerei, l'ouïe étant ici le seul sens qui permette de faire la distinction nette  avec la capitale allemande. A quelques dizaines de kilomètres de là se trouve Inhotim, un centre d’art contemporain érigé au milieu de la forêt tropicale. Pur bijou d’ingéniosité et d’originalité sans oublier une touche marketing qui chagrine un peu. Quelques clichés ci-dessous, feront sans doute plus l’affaire qu’une description audacieuse et maladroite.










Dimanche à Belo Horizonte, son marché central où se côtoient fromages du coin, bouteilles de cachaças artisanales, fruits frais, stands de boisson, de nourriture et aussi plus surprenant des échoppes de protéines et autres compléments alimentaires pour les adeptes de crossfit ou autre champion de bodybuilding. Pour ma part, dégustation de l’incontournable du lieu: le foie grillé avec des oignons et des jiló (sorte d’aubergine verte), source de fer garantie même à onze heures du matin. 




Sur la route reliant Belo Horizonte à Rio de Janeiro il y a, niché dans un cirque de montagnes, un véritable joyau d’architecture baroque nommé Ouro Preto. L’ancienne Vila Rica, ses églises, ses rues en pente, ses points de vue plus splendides les uns que les autres, son atmosphère paisible, son air pur qui font presque penser à un village des Alpes. On est certes au Brésil, mais surtout au calme et trois jours à flâner dans cette petite bourgade sont des plus agréables. Mais bon si l’on choisit de repartir s’est pour aller voir sa cousine Tiradentes et surtout aller mettre un point d’orgue à ce chapitre de presque un an à Rio de Janeiro. 





La flotte de Cabral débarquant dans la baie de Guanabara en janvier on la nomma Ria de Janeiro (baie de janvier). Puis, suite à une confusion linguistique, la baie devint rivière si bien que maintenant elle se nomme Rio de Janeiro. Voilà pour l'étymologie du lieu, le gentilé étant carioca et venant de la contraction des mots tupis kara'iwa (hommes blancs) et oka (maison).

Trois semaines dans la cité merveilleuse qui passent relativement vite malgré un début de séjour où le ciel était plutôt gris et le mercure oscillant autour des quinze degrés. Pas de quoi crier au scandale ou de dire qu’il y fait très froid pour un petit Suisse. Or, n’osez même pas prétendre devant un carioca que la température est relativement clémente, à coup sûr vous essuierez un cinglant muito frio couplé d’un regard aussi effaré que l’on puisse vivre dans des régions plus froides que réprobateur tant cela relève de l’hérésie. Il est cocasse de voir une partie de la population se couvrir de manteaux, vestes et autre bonnets. Il ne manque plus que les lattes et la poudreuse pour que le tableau soit complet. Si le côté nature de Rio est une richesse incontestable, la culture n’est pas en reste. Et cela tombe bien lorsque dame météo joue à la diva, on peut aller voir quelques musées et surtout aller s'imprégner de l’ambiance "sambaesque" à Lapa, qui pluie ou non, a toujours lieu.

Une fois le crachin parti, le doux soleil de l'hiver brésilien devient le meilleur des compagnons pour aller voir la ville en prenant un peu de hauteur.  Je revois Dawid, ami et ancien colocataire lors du séjour à Salamanca. Il m’emmène au sommet de la pedra dois irmãos qui trône au bout de la plage de Leblon. N’ayant pas encore terminer de refaire le monde avec Rafael, il vient passer un week-end aussi splendide qu’avare en heures de sommeil dans la cité carioca. Le monde n’étant toujours pas terminé, il faudrait continuer notre labeur d’un côté ou de l’autre de l’Atlantique, le rendez-vous est pris.

Le court déplacement à Niterói sur l’autre rive  vaut son pesant d’or.  A mesure que l’on se rapproche du port, la vue panoramique de Rio se dessine peu à peu. Le riche héritage architectural d’Oskar Niemeyer de ce côté passe presque inaperçu tant la « carte postale » sur la rive opposée est splendide. Les cariocas sont d’ailleurs assez chauvins lorsqu’ils disent que l’unique raison qui justifie la visite de Niterói est la vue sur Rio, qui bien sûr est pour eux la plus belle ville du monde. Malgré cette petite pointe de chauvinisme, il est difficile de leur donner tort. J’y passe un après-midi sans fin aux saveurs oniriques qui font oublier que tout ne tourne pas rond ici entre scandales politiques, retard dans les infrastures qui accueilleront les Jeux Olympiques, pollution du littoral et niveau de violence encore et toujours élevé. Mais bon, sûr que pour le temps des Jeux, on montrera ce qui va bien, on dira que ce sont les plus beaux J.O. que l'Histoire ait connus (comme à chaque fois) et puis une fois les poches des sponsors bien remplies, on passera au marché suivant sans trop se soucier de ce qui se passe ici.



Randonnée jusqu'à la Pedra de dois irmãos
Couché de soleil sur la muretta da Urca
Sandwiches et jus frais au bar Nectar
Pickpockets agiles et gringos incrédules sur Copacabana 
La nature au sens propre sur la plage Abricó 
Obrigado Rio de Janeiro













On avait cru, avec candeur, que le voyage avait estompé, apaisé, balayé des questions un semblant existentielles, mais voilà qu’au terme de cette belle aventure, elles refont surface, reviennent comme par enchantement. Revenir, voilà un beau projet maintenant, plus qu’un projet, une nécessité, un besoin. Alors ne pas faire la fine bouche, profiter de Rio de Janeiro mais revenir à du plus authentique, du plus simple aussi. Du terroir jurassien, des sourires et des rires connus, ne plus débiter les mêmes phrases d’introduction qui a la longue sont devenues un peu redondantes et presque ennuyantes. Revenir pour sans doute repartir un jour, mais avant toute nouvelle esquisse de projet, revenir. On s’est acheté une année de temps libre pour réaliser des choses « exceptionnelles » mais qui avec un minimum de recul le sont relativement peu… Ce qui est exceptionnel c’est d’avoir un système, certes perfectible, mais qui permette de partir et de revenir comme si rien n’avait changé. Contribuer à nouveau à ce système en guise de reconnaissance, certes minimale, voilà la jolie suite qui m’attend!









Le temps s'échappe à tire-d'aile? Sois sans peur.
Et l'heureux sort n'est pas éternel? Sois sans peur.
Profite de l'instant que vaut la fortune.
Sans regret, sans regard vers le ciel, sois sans peur.

Khayyâm



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