Sarajevo, par où commencer? J'ai arpenté cette ville plus que spéciale pendant cinq jours. Alors certes, ce n'est sûrement pas suffisant pour saisir la totalité de la complexe histoire de la capitale bosniaque mais grâce aux diverses rencontres que j'ai pu faire je crois que j'en ai une idée plus précise. Donc en gros Sarajevo a vu passer l'empire ottoman puis austro-hongrois, a été le lieu où l'archiduc d'Autriche Franz Ferdinand a été assassiné, ce qui a été l'élément déclencheur de la première Guerre Mondiale, a subi la seconde Guerre Mondiale et a été assiégée du 5 avril 1992 au 29 février 1996.
Sarajevo est entourée de montagnes et la ville se divise en trois parties: ottomane, austro-hongroise et le nouveau Sarajevo. En l'espace de quelques centaines de mètres, on passe d'Istanbul à Vienne ou encore d'une ville à l'architecture socialiste construite sous Tito à des bâtiments modernes. En plus de cette mixité architecturale, mosquées, synogogues, églises catholiques et églises orthodoxes se côtoient, bref cette ville a un caractère unique. Si à première vue tout semble aller pour le mieux dans le meilleur des mondes, en parlant un peu avec des locaux, il se révèle que même si la guerre "ouverte" est terminée, les batailles "politiques" sont toujours présentes et le système mis en place à la fin du conflit est relativement compliqué: trois présidents ( un serbe, un croate et un bosniaque) avec changement de présidence tous les six mois! Si j'ai bien compris, il y a trois nations avec chacune leur religion respective (les Bosniaques musulmans, les Serbes orthodoxes et les Croates catholiques), deux pays (Republika Srpska et la Fédération de Bosnie-Herzégovine) dans un état : Bosnie-Herzégovine. Ah oui, encore une chose en Bosnie-Herzégovine, on peut se déclarer comme appartenant à la communauté croate, serbe, bosniaque ou "autre". Or si l'on se déclare "autre", il n'est pas possible de devenir président! Il y a encore donc pas mal à faire et selon les dires des quelques habitants de Sarajevo avec qui j'ai pu discuter, le pays avait plus de perspectives il y a dix ans que maintenant.
Je suis allé voir une exposition de photos sur le génocide de Srebenica. Et là, une grosse baffe en plein figure : 8372 personnes tuées en l'espace de deux jours, comme si un peu plus que la totalité des habitants de Porrentruy disparaissaient du jour au lendemain. À la sortie, j'ai vraiment eu ce sentiment de KO debout. Comment se peut-il que l'Homme répète ce genre de massacre, comment l'être humain perd-il son sens critique lorsqu'il est aspiré, happé par la masse?
...Pour revenir à du plus léger, j'ai bien profité du côté plus récréatif de Sarajevo, soirée électro au Mucha Lucha, musique live au Kino Bosna, bonne ambiance au bar Balkan Express, excellents burek à la Buregdzinica Dervoz, les bons petits cafés bosniaques, voir les gens qui fument dans tous les bars et restaurants; même si l'avenir ne s'annonce pas rose les Boniaques savent vivre!
"Églises, mosquées, synogogues qui cohabitent,
Café bosniaque, fumée s'échappant des ćevapdzinica,
Voiles intégrales et mini-shorts qui défilent,
Sarajevo..."
Après cette petite semaine passée à Sarajevo, je suis allé en bus à Belgrade. Pour sortir de la capitale bosniaque, il faut d'abord zigzaguer entre les montagnes pour arriver sur un plateau qui n'est pas sans rappeler celui de Maîche ou les Franches-Montagnes. À mesure que l'on se rapproche de la Serbie, les drapeaux de la Republika Srpska apparaissent et les mosquées font place aux églises orthodoxes. Il est aussi assez singulier de voir les voiriers qui aiguisent leur faux sur le bord des routes qu'ils sont en train d'entretenir ou encore de croiser un improbable vendeur de popcorn au beau milieu d'un col.
Pour entrer en Serbie, il faut passer la rivière Drina. Une fois cette dernière franchie, on laisse les Alpes dinariques derrière soi et on arrive sur la plaine de Pannonie. Les premiers étals de pastèques apparaissent et au bout de deux heures de route, on arrive enfin à Belgrade, là où la Save et la Danube confluent. Le Corbusier disait que la capitale serbe était la ville la plus laide au plus bel endroit. Et en toute franchise, il avait raison! D'un point de vue architectural, elle est franchement
pas terrible la faute à de maintes destructions. Lorsque le régime socialiste la reconstruite à la fin de la seconde Guerre Mondiale, il l'a fait au plus vite, au moins cher et parfois au plus moche.
Mais il serait injuste de simplement rester sur ce constat. Au bout d'un jour ou deux, on commence à la comprendre et à l'apprécier. Le fait d'avoir pu trouver un couchsurfeur serbe aide beaucoup. Et j'ai vraiment eu de la chance de tomber sur Dusan, un avocat expert dans les crimes de guerres. Il a pu m'expliquer le fonctionnement de son pays et aussi l'Histoire de ce dernier. Il n'a pas manqué non plus de m'emmener dans une Kafana (restaurant typique serbe), me faire goûter le Rakije (équivalent de la damassine et autre abricotine) sans oublier une belle soirée sur un bateau-boîte de nuit sur les rives de la Sava.
J'ai également rencontré Johann, un Suisse qui a le projet d'aller aussi en direction de l'Iran sauf que lui y va en vélo! Vraiment un super bon type. J'ai loué un vélo et nous sommes allés longer les quais de la Save jusqu'à Zemun, une ancienne ville située à une dizaine de kilomètres du centre de Belgrade, bon restaurant de poissons, balade en ville, on est même tombé par hasard sur l'ambassade de Suisse la veille du premier août, joli clin d'œil ;-)!
J'ai aussi fait un tour guidé gratuit (on paie en pourboire) de la ville. Guide super dynamique (bien que parlant un peu trop de Djokovic et pas assez de Federer à mon goût), mais super intéressant. En vrac voilà ce qu'il nous a raconté: dans l'ancienne Yougoslavie Serbes, Bosniaques, Croates et Monténégrins parlaient la même langue, aujourd'hui chaque pays revendique la sienne; on est allé dans la Silicon Valley (rue Strahinjića Bana) de Belgrade, l'expression est à prendre au premier degré, je vous laisse imaginer pourquoi, Belgrade signifie ville blanche car lorsque les Serbes sont arrivés par le Danube ils ont vu la forteresse blanche sur les hauteurs de la ville.
Hier j'ai pris le bus pour Novi Sad, capitale de la Vovodine située à une centaine de kilomètres au nord-ouest de Belgrade et deuxième plus grande ville de Serbie (Chicago mise à part). J'ai pris une journée pour flâner entre le centre-ville et la rive du Danube. En revenant à la gare routière pour prendre le bus, je me suis arrêté manger un morceau (à 50 centimes!) de pastèque. Le vendeur et ses acolytes ne parlant pas anglais, j'ai dû mentionner Federer et Wawrinka pour qu'ils comprennent que j'étais Suisse et non Suédois. Comme si mon morceau de pastèque n'était pas suffisant et trop cher le vendeur m'a offert un melon en prime!
Pour la suite du voyage, je pense rester à Belgrade jusqu'à mercredi et ensuite aller un peu au Sud avant de remettre le cap vers l'Est.
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